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Xviij ÉLOGE DE MONTESQUIEU.
comme ces fleuves qui disparoissent dans des sables.
Un assez petit volume a suffi à M. de Montesquieu pour développer un tableau si intéressant et si vaste. Comme l'auteur ne s'appesantit point sur les détails et ne saisie que les branches fécondes de son sujet^ il a su renfermer en très peu d'espace un grand nombre d'objets distinctement aperçus et rapidement présentés j sans fatigue pour le lecteur. En laissant beaucoup voir, il laisse encore plus à penser ; et il auroit pu intituler son livre, Histoire romaine à F usage des hommes cTétat et des philosophes.
Quelque réputation que M. de Montesquieu se fût acquise par ce dernier pu vrage et par ceux qui l'avoien t précédé, il n'a voit fait que se frayer le chemin à une plus grande entreprise, à celle qui doit immortaliser son nom et le rendre respectable aux siècles futurs. Il en avoit dès long-temps formé le dessein : il en médita pendant vingt ans l'exécution; ou, pour parler plus exactement, toute sa vie en avoit été la méditation continuelle. D'abord il s'étoit fait en quelque façon étranger. dam; son propre pays, afin de le mieux connoître; il avoit ensuite parcouru toute l'Europe et profondément étudié les différents peuples qui l'habitent. L'île fameuse qui se glorifie tant de ses lois et qui en profite si mal, avoit été pour lui, dans ce long voyage, ce que l'île de Crète fut autrefois pour Lycurgue, une école où il avoit su s'instruire sans tout approuver. Enfin il avoit, si on peut parler ainsi, interrogé et jugé les nations et les hommes célèbres qui n'existent plus aujourd'hui que dans les annales du
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monde. Ce fut ainsi qu'il s'éleva par degrés au plus beau titre qu'un sage puisse mériter, celui de législa- . teur des nations.
S'il étoit animé par l'importance de la matière, il étoit effrayé en même temps par son étendue : il l'abandonna, et y revint à plusieurs reprises. Il sentit plus d'une fois, comme il l'avoue lui r même, tomber les mains paternelles. Encouragé enfin par ses amis, il ramassa tputes ses forces , et donna X Esprit des lois.
Dans cet important ouvrage, M. de Montesquieu, ' sans s'appesantir, à l'exemple de ceux qui l'ont précédé, sur des. discussions métaphysiques relatives à l'homme supposé dans un état d'abstraction, sans se borner comme d'autres à considérer certains peuples dans quelques relations ou circonstances particulières , envisage les habitants de l'univers dans l'état réel où ils sont et dans tous les rapports qu'ils peuvent avoir entre eux. La plupart des autres écrivains en ce genre sont presque toujours ou de simples moralistes, oi; de simples jurisconsultes, ou même quelquefois de simples théologiens. Pour lui, l'homme de tous les pays et de toutes les nations, il s'occupe moins de ce que le devoir exige de nous que des moyens par lesquels on peut nous obliger de le remplir ; de la perfection métaphysique des lois, que de celle dont la nature humaine les rend susceptibles; des lois qu'on a faites, que de celles qu'on a dû faire ; des lois d'un peuple particulier, que de celles de tous les peuples. Ainsi, en se comparant lui-même à ceux qui ont couru avant lui cette grande et noble carrière j il a pu dire, coçnme