LETTRE LXXXV
USBEK A MIRZA
A Ispahân.
Tu sais , Mirza , que quelques ministres de Cha- Soliman avoient formé le dessein d'obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume ou de se faire mahométans y dans la pensée que notre empire seroit toujours pollué tandis qu'il garderoit dans son sein ces infidèles.
Cétoit fait de la grandeur persane si dans: cette occasion l'aveugle dévotion avoit été écoutée.
On ne sait comment la chose manqua. Ni ceux qui firent la proposition ni ceux qui la^rejetèrent n'en connurent les conséquences : le hasard fit l'office de la raison et de la politique , et sauva l'empire d'un péril plus grand que celui qu'il auroit pu courir de la. perte d'une bataille et de la prise de deux villes.
En proscrivant les Arméniens on pensa détruire en un seid jour tous les négociants et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas auroit mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil , et qu'en envoyant au mogol et aux autres rois des Indes