USBEK A RICA, A
Il y a quelques jours qu'un homme de ma connoissance me dit : Je vous ai promis de vous produire dans les bonnes maisons de Paris : je vous mène a présent chez un grand seigneur qui est un des hommes du royaume qui représente le mieux.
Que veut dire cela , monsieur? est-ce qu'il est plus
tution de mon corps; selon que j*aî plus ou moins d'esprits animaux, que mon estomac digère bien ou mal, que Tair que je respire est subtil ou grossier, que les viandes dont je me nourris sont légères ou solides , je suis spinosiste , socinien , catholique , impie ou dévot. Quand le médecin est auprès de mon lit, le confesseur me trouve a son avantage. Je sais bien empêcher la religion de m'affliger quand je me porte bien ; mais je lui permets de me consoler quand je suis malade : lorsque je n'ai plus rien à espérer d'un côté, la religion se présente et me gagne par ses promesses; je veux bien m'y livrer, et mourir du côté de l'espérance.
Il y a long-temps que les princes chrétiens affranchirent tous les esclaves de leurs états , parce qiie, disoient-ils , le christianisme rend tous les hommes égaux. Il est vrai que cet acte de religion leur étoit très-utile : ils aNaissoient par la les seigneurs , de la puissance desquejts ils retiroient le bas peuple. Ik ont ensuite fait de^ conquêtes dans des pays où ils ont vu qu'il leur étoit iC'vantageux d'avoir des esclaves: ils ont permis d'en achei^^r et d'en vendre , oubliant ce principe de religion q'ui les touchoit tant. Que veux-tu que je te dise ? Vérité dans un temps , erreur dans un autre. Que ne faisons- Aous comme les chrétiens? Nous sommes bien simples de refuser des établissements et des conquêtes Êiciles'dans des climats heureux (i), parce que l'eau n'y est vas assez pure
(i)Les mahométans ne se soucient point de prendre
pour nous laver selon les principes du saint Alcoran. Je rends grâces au Dieu tout-puissant , qui a envoya Hali son grand prophète , de ce que je professé une religion qui se fait préférer a tous les intérêts humains, et qui est pure comme le ciel, dont elle est descendue.
De Paris, le i^ de la lime de Saphar^ I7i5.