‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 105 sur 168 · LETTRE LXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIX

LE GRAND EUNUQUE NOIR A USBEK, A Paris.

Hier des Arméniens menèrent au sérail une jeune esclave de Circassie , qu'ils vouloient vendre. Je la fis entrer dans les appartements secrets, je la déshabillai, je l'examinai avec les regards d'un juge;

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et plus je l'examinai^ plus je lui trouvai de grâces. Une pudeur virginale sembloit vouloir les dérober à ma vue : je ^is tout ce qu'il lui en coûtoit pour obéir : elle rougissoit de se voir nue , même devant moi , qui , exempt des passions qui peuvent alarmer la pudeur, suis inanimé sous l'empire de ce sexe; et qui , ministre de la modestie dans les actions les plus libres, ne porte que de chastes regards, et ne puis inspirer que l'innocence.

Dès que je l'eus jugée digne de toi , je baissai les yeux : je lui jetai un manteau d'écarlate ; je lui mis au doigt un anneau d'or; je me prosternai a ses pieds ^ je l'adorai comme la reine de ton cœur. Je payai les Arméniens ; je la dérobai à tous les yeux. Heureux Usbek ! tu possèdes plus de beautés que n'en enferment tous les palais d'Orient. Quel plaisir pour toi de trouvera ton retour tout ce que la Perse a de plus ravissant ! et de voir dans ton sérail renaître les grâces à mesure que le temps et la possession travaillent à les détruire !

. Bu sénùl de Fatmé , le i^^ de lalunede Rebiah ^ i, 171S.

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