‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 136 sur 168 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

nairement IVgalit^ dans les fortunes, porte rabon* dance et la vie dans toutes les parties du corps politique, et la répand partout.

Il n'en est pas de même des pays soumis au pouvoir arbitraire : le prince, <les courtisans et quelques particuliers , possMent toutes les richesses , pendant que tous les autres {[^missent dans une pauvreté extrême.

Si un homme est mal à son aise, et qu*il sente qu'il fera des enfants plus pauvres que lui , il ne se mariera pas ; ou , s'il se marie , il craindra d'avoir un trop grand nombre d'enfants, qui pourroient achever de déranger sa fortune , et qui descendroient de la condition de leur père.

J'avoue que le rustique ou paysan, étant une fois marié , peuplera indifféremment , soit qu'il soit riche, soit qu'il soit pauvre : cette considération ne le touche pas : il a toujours un héritage sûr à laisser à ses enfants , qui est son hoyau; et^rien ne l'empêche de suivre aveuglément l'instinct de la nature.

Mais à quoi sert dans un état ce nombre d'enfants qui languissent dans la misère ? Us périssent presque tous à mesure qu'ils naissent; ils ne prospèrent jamais : foibles et débiles , ils meurent en détail de mille manières, tandis qu'ils sont emportés en gros par les fréquentes maladies populaires que la misère et la mauvaise nourriture produisent toujours : ceux qui en échappent atteignent l'âge viril sans en avoir la force ^ et languissent tout le rest# ^e leur vie.

LETTRES PERSANES. Ç^j

Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais heureusement si elles ne soi^t bien cultivées : chez les peuples misérables^ l'espèce perd, et même quelquefois dégénère.

La France peut fournir un grand exemple de tout ceci. Dans les guerres passées , la crainte ou étoient tous les enfants de £imille d'être enrôlés dans la milice les obligeoit de se marier , et cela dans un âge trop tendre et dans le sein de la pauvreté. De tant de mariages il naissoit bien des enfants que Ton cherche encore çn France, et que la misère, la &mine et les maladies en ont fait disparoître.

Quesi, sousun ciel aussiheureuz, dans Mn royaume aussi policé que la Francf , on fait de pareilles remarques , que sera-ce dans les autres états?

De Paris f ie ^Z de la lune de Rhcunazan^ 1718.

LETTRE CXXIIL

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