‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 14 sur 168 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

sous les meilleurs auspices; ce Romulus , leur roi et leur dieu; ce Capitole, éternel comme la ville ; et la ville, étemelle comme son fondateur, avoient feit autrefois sur Tesprit des Romains une impression qu'il eût été k souhaiter qu'ils eussent conservée.

La grandeur de l'état fit la grandeur des fortunes particulières. Mais comme l'opulence est dans les mœurs , et non pas dans les richesses , celles des Romains , qui ne laissoient pas d'avoir des bornes , produisirent un luxe et des profusions qui n'en avoient point ( i ). Ceux qui avoient d'abord été corrompus par leurs richesses le furent ensuite par leur pMvreté. Avec des biens au-dessus d'une condition privée , il (ut difficile d'être un bon citoyen ; avec les désirs et les regrets d'une grande fortune ruinée, on fut prêt a tous les attentats; et, comme dit Salluste (i) , on vit une génération de gens qui ne pouvoient avoir de patrimoine , ni souffrir que d'autres en eussent.

Cependant , quelle que fût la corruption de Rome, tous les malheurs ne s'y étoient pas introduits; car la force de son institution avoit été telle qu'elle avoit

(i) La maison qae Comëlie aroit achetée soixante^-qninze mille drachmet , Lacnlhu Tacheta , peu de temps après , deux millions cinq cent miUe. ( Plutarque , Fie de Marius , t. ir» page 3o5. )

(a) Ut meriià dicatur genitas esse , qui nec ipsi habere passent resfamiliares , necaiiaspati,(^FTaigment de lliistoiic de Salluste , tiré du Livre de la Cité de Dieu , Liyre ii, Cha pitre xTiii. )

«onservé une yaleur héroïque , et toute son appln cation à k guerre , au milieu des richesses , de la motlesse et de la volupté; ce qui n'est, je crois, arrivé à aucune nation du monde»

Les citoyens romains regu^ieot le commerce ( i ) et les arts comme des occupations d'esclaves (a) ; ils ne les exerçoient point. S'il y eut quelques exceptions, ce ne fut que de la part de quelques affranchis qui continuoient leur première industrie ; mais en général ils ne connoissoient que Fart de la guerre , qui étoit la seule voie pour aller aux magistratures et aux honneurs (3). Ainsi les vertus guerrières resthretït après qu'on eut perdu toutes les autres»

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