‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 51 sur 168 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

LE PREMIER EUWUQUE A JARON , EUNUQUE NOIR, A Erzeron.

Je prie le ciel qu'il te ramène dans ces lieux , et te dérobe à tous les dangers.

• Quoique je n'aie guère jamais connu cet enga-

gement qu'on appelle amitié y et que je m^ sois en- , veloppë tout entier dans moi - même , tu m'as cependant fait sentir que j'avois encore un cœur; et, pendant que j'ëtois de bronze pour tous ces esclaves qui vivoient sous mes lois, je voyois croître ton enfance avec plaisir.

Le temps vint ou mon nfaître jeta sur toi les yeux. U s'en &lloit bien que la nature eût encore parlé lorsque le fer te sépara de la nature. Je ne te dirai point si je te plaignis , ou si je sentis du plaisir à le voir élevé jusqu'à moi. J'apaisai tes pleurs et tes cris. Je crus te voir prendre une seconde naissance , et sortir d'une servitude où tu devois toujours obéir , pour entrer dans une servitude où tu devois commander. Je pris soin de ton éducation. La sévérité, toujours inséparable des instructions , te fit long - temps ignorer que tu m'étois cher. Tu me rétois pourtant ; et je te dirai que je t'aimois comme un père aime son fils, si ces noms de père et de fils pouvoient convenir à notre destinée.

Tu vas parcourir les pays habités par les chrétiens qui n'ont jamais cru. Il est impossible que tu n'y contractes bien des souillures. Comment le pro< phète pourroit - il te regarder au milieu de tant de millions de ses ennemis ? Je voudrois que mon maître fît a son retour le pèlerinage de la Mecque : vous vous purifieriez tous dans la terre des anges. Du Sérail d'ispahan pléiade la lune de Gemmadî, 1 7 1 x .

3o8 ^ LETTRES PERSANES.

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