‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 52 sur 168 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

USBER AU MOLLAR MÉHÉMET ALI,

O^ADIEH DES TEOIS TOIIBBAUZ ,

A Com.

Pourquoi vis-tu dans les tombeaux , divin Mollak? Tu es bien plus fait pour le séjour des étoiles. Tu te caches sans doute de peur d'obscurcir le soleil : tu n'as point de taches comme cet astre ; mais, comme lui , tu te couvres de nuages.

Ta science est un abîme plu^ profond que l'Océan : ton esprit est plus perçant que Zufagar, cette épée d'Hali , qui avoit deux pointes : tu sais ce qai se passe dans les neuf chœurs des puissances célestes: tu lis l'Alcoran sur la poitrine de notre divin prophète; et, lorsque tu trouves quelque passage obscur, un ange , par son ordre, déploie ses ailes rapides, et descend du trône pour t'en révéler le secret.

Je pourrois par ton moyen avoir avec les séraphins une intime correspondance : car enfin , treizième iman, n'es-tu pas le centre où le ciel et la terre aboutissent , et le point de communication entre Vabîme et l'empirée ?

Je suis au milieu d'un peuple profane : permets que je me purifie avec toi : souffre que je tourne mon visage vers les lieux sacrés que tu habites : distingue^noL des méchants, comme on distingue ,

LETTRES PERSANES. Sog

au lever de l'aurore , le filet blanc d*avec le filet noir : aide-moi de tes conseils : prends soin de mon âme ; enivre- la de Tesprit des prophètes : nourris-la de la science du paradis ; et permets que je mette ses plaies à tes pieds. Adresse tes lettres sacrées à Erzeron oîi je resterai quelques mois.

D*Erzeron y le ii de la lune de Gemmadi, a , 1711.

LETTRE 3PVIL

USBEK AU MÊME

Je ne puis, divin MoUak, calmer mon impatience : je ne saurois attendre ta sublime réponse. J'ai des doutes, il faut les fixer : je sens que ma raison s'égare; ramène-la dans le droit chemin :. viens m'éciairer, source de lumière ; foudroie avec ta plume divine les difficultés que je vais te proposer ; faismoi pitié de moi-même j. et rougir de la question que je vais te &ire.

D'où vient que noire législateur nous prive de la chair de pourceau , et de toutes les viandes qu'il appelle immondes ? D'où vient qu'il nous défend de toucher un corps mort y et que pour purifier notre âme, il nous ordonne de nous laver sans cesse le corps ? Il me semble que les choses ne sont en ellesmêmes ni pures ni impures : je ne puis concevoir aucune qualité inhérente au sujet qui puisse les rendre telles. La boue ne nous paroit sale que parce qu'elle blesse notre vue , ou quelque autre de nos

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sens : mais , en elle-même , elle ne Test pas que For et les diamants. L*idee de souillure, contractée par lattouchement d'un cadavre , ne nous est venue que d'une certaine répugnance naturelle , que nous en avons. Si les corps de ceux qui ne se lavent point ne blessoient ni Fodorat , ni la vue , comment auroit-on pu s'imaginer qu'ils fussent impurs?

Les sens , divin Mollak , doivent donc être les seuls juges de la pureté otf de Timpureté des choses. Mais , comme les objets n'afiectent point les hommes de la même manière ; que ce qui donne une sensation agréable aux uns , en produit une dégoûtante chez les autres , il suit que le témoignage des sens ne peut servir ici de règle , à moins qu'on ne dise que chacun peut à sa fantaisie décider ce point , et distinguer, pour ce qui le concerne , les choses pures d'avec celles qui ne le sont pas.

Mais cela même , sacré Mollak , ne renverseroitil pas les distinctions établies par notre divin prophète, et les points fondamentaux de la loi quia été écrite de la main des anges ?

D'Erzeron ,ie modela lune de Gemmadi^ 2 , 17 1 1 .

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