‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 8 sur 168 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

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pies qu'ils attaquèrent , il y en a bien peu qui n'eussent souffert toutes sortes d'injures si Ton avoit voulu les laisser en paix.

Leur coutume étant de parler toujours en maîtres, les ambassadeurs qu'ils envoyoient chez les peuples qui n'avoient point encore senti leur puissance étoient sûrement maltraités ; ce qui étoit un prétexte sûr pour faire une nouvelle guerre, (i)

Gomme ils ne faisoient jamais la paix de bonne foi, et que, dans le dessein d'envahir tout, leurs traités n'étoient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettoient des (5onditions qui commençoient toujours la ruine de l'état qui les acceptoit. Ils faisoient sortir les garnisons des places fortes , ou bornoient le nombre des troupes de terre, ou se faisoient livrer les chevaux ou les éléphants ; et , si ce peuple étoit puissant sur la mer, ils Tobligeoient de brûler ses vaisseaux, et quelquefois d'aller habiter plus avant dans les terres.

Après avoir détruit les armées d'un prince , ils ruinoient ses finances par des taxes excessives , ou un tribut , sous prétexte de lui faire payer les frais de la guerre : nouveau genre de tyrannie, qui le forçoit d'opprimer ses sujets , et de perdre leur amour.

Lorsqu'ils accordoient la paix à quelque prince, ils prenoient quelqu'un de ses frères ou de ses enfants en otage; ce qui leur donnoit le moyen de trou-

(i) Un des exemples de cela , c'est leur guerre contre les Dalmalcs. (Voyea Polybe.)

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Mer son royaume à leur fantaisie. Quand ils avoient le plus proche héritier, ils intimidoient le possesseur; s'ils n'avoient qu'un prince d'un degré éloigûéj ils s en servoient pour animer les révoltes des peuples.

Quand quelque prince ou quelque peuple s'étoit soustrait de l'obéissance de son souverain, ils lui accordoient d'abord le titre d allié du peuple romain (i); et par là ils le rendoient sacré et inviolable; de manière qu'il n'y avoit point de roi, quelque grand qu'il fût , qui pût un moment être sûr de ses sujets , ni même de sa famille.

Quoique le titre de leur allié fût une espèce de servitude, il étoit néanmoins très -recherché (a); car on étoit sûr que l'on ne recevoit d'injures que (Feux, et l'on avoit sujet d'espérer qu'elles seroient moindres : ainsi il n'y avoit point de services que les peuples et les rois ne fussent prêts de rendre , ni de bassesses qu'ils ne fissent pour. l'obtenir.

Ils avoient plusieurs sortes d'alliés. Les uns leur étoient unis par des privilèges , et une pàrlâçipation de leur grandeur, comme les Latins et les Herniques ; d'autres , par l'établissement même , comme leurs colonies ; quelques-uns par les bienfaits , comme furent Hassinisse, Euménès et Attalus , qui tenoient

(i) Voyez surtout leur traité avec les Juifs, au premier livre des Machabées, Chapitre viii , v. 33.

(2) Ariarathe fit un sacrifice aux dieux, dit Poljbe, pour les remercier de ce qu il avoit obtenu cette alliance.

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d'eux leur royaume ou leur agrandissement ; d'autres 9 par des traités libres ; et ceux-là devenoient sujets par un long usage de ralliance , comme les rois d'Egypte , de Bithynie , de Cappadoce , et la plupart des villes grecques ; plusieurs enfin , par des traités forcés, et par la loi de leur sujétion, comme Philippe et Antiochus : car ils n accordoient point de paix k un ennemi, qui ne contînt une alliance; c'est-à--dire qu'ils ne soumettoient point de peuple qui ne leur servit à en abaisser d'autres.

Lorsqu'ils laissoient la liberté à quelques villes, ils y faisoient d'abord naître deux factions (i) : l'une défendoit les lois et la liberté du pays ; l'autre soutenoit qu'il n'y avoit de lois que la volonté des Romains : et, comme cette dernière faction étoit toujours la plus puissante , on voit bien qu'une pareille liberté n'étoit qu'un nom.

Quelquefois ils se rendoient maîtres d'un pays sous prétexte de succession : ils entrèrent en Asie, en Bithynie, en Libye, parles testaments d*Attalus, de Nicomède (a) et d'Appion; et l'Egypte fut en« chaînée par celui du roi de Cyrène.

Pour tenir les grands princes toujours foibles , ils ne vouloient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avoient accordé la leur (3) ; et comme ils ne la refusoient à aucun des voisins d'un prince puissant , cette condition , mise dans un traité de paix , ne lui laissoit plus d'alliés. 1

(i) Voyez £plybe sur les villes de Grèce. |

(a) Fils dePhilopator. — (3) Ce fut 1« cas d*Antiochtis.

De plus , lorsqu'ils avoient vaincu quelque prince, «ODsidérable , ils mettoient dans le traité qu'il ne pourroit Ëiire la guerre pour ses différends avec les alliés des Romains ( c'est-à-dire ordinairement avec tous ses voisins), mais qu'il les mettroit en arbitrage : ce qui lui ôtoit pour l'avenir la puissance militaire.

Et, pour se la réserver toute, ils en privoient leurs alliés mêmes : dès que ceux-ci avoient le moindre démêlé, ils envoy oient des ambassadeurs qui les obligeoient de faire la paix. Il n'y a qu'à'voir comme ils terminèrent les guerres d'Attalus et de Prusias.

Quand quelque prince avoit fait une Conquête qui souvent l'avoit épuisé , un ambassadeur romain surifenoit d'abord, qui la lui arrachoit des mains. Entre mille exemples, on peut se rappeler comment, avee une parole ^ ils chassèrent d'Egypte Antiochus.

Sachant combien les peuples d'Europe étoient propres à la guerre , ils établirent comme une loi qu'il ne seroit permis à aucun roi d'Asie d'entrer en Europe , et d'y assujettir quelque peuple que ce lut (i). Le principal motif de la guerre qu'ils firent à Mithridate fut que^ contre cette défense, il avoit soumis quelques barbares, (a}

Lorsqu'ils voyoieni que deux peuples étoient en guerre , quoiqu'ils n'eussent aucune alliance , ni rien à démêler avec l'un ni avec l'autre , ils ne laissoient

(i) La défense faite à Antiochus , même avant la guerre, de passer en Europe , devint générale contre les autres rois* (a) Appien, de belh Mithridatico , cap. xiii.

pas de paroitre sur la scène, et, comme nos chevaliers errants , ils prenoient le parti du plus foible. C'étoit, dit Denys d'Halicarnasse (i), une ancienne coutume des Romains d'accorder toujours leur secours à quiconque yenoit Timplorer.

Ces coutumes des Romains n'étoient point quelques faits particuliers arrivés par hasard, c'ëtoient des principes toujours constants : et cela se peut voir aisément; caries maximes dont ils firent usage contre les plus grandes puissances furent précisément celles qu'ils avoient employées dans les commencements contre les petites villes qui étoient autour d'eux.

Ils se servirent d'Euménès et de Massinisse pour subjuguer Philippe et Antiochus , comme ilssMtoient servis des Latins et des Herniques pour subjuguer les Yolsques et les Toscans ; ils se firent livrer les flottes de Carthage et des rois d'Asie , comme ils s'étoient fait donner les barques d'Antium ; ils ôtèrent les liaisons politiques et civiles entre les quatre parties de la Macédoine , comme ils avoient autrefois rompu l'union des petites villes latines, (a)

Mais surtout leur maxime constante fut de diviser. La république d'Achaïe étoit formée par une association de villes libres ; le sénat déclara que chaque ville se gouvemeroit dorénavant par ses propre lois; sans dépendre d'une autorité commune.

(i) Fragment d« Denys , tiré de l'Extrait des ambassades. (a) Tite-Live, Li^re tu. /

La république des Béotiens étoit pareillement une ligue de plusieurs villes : mais , comme , dans la guerre contre Persée , les unes suivirent le parti de ce prince , les autres celui des Romains, ceux-ci les reçurent en grâce , moyennant la dissolution de Falliance commune.

Si un grand prince qui a régné de nos jours avoit suivi ces maximes , lorsqu'il vit un de ses voisins détrôné, il auroit employé de plus grandes forces pour le soutenir, et le borner dans 111e qui lui resta fidèle : eu divisant la seule puissance qui pût s'opposer à ses desseins , il auroit tiré d'immeoses avantages du malheur même de son allié.

Lorsqu'il y avoit quelques disputes dans un état , ils jugeoient d abord l'afiaire ; et par là , ils étoient sûrs de n'avoir contre eux que la partie qu'ils avoient condamnée. Si c'étoit des princes du même sang qui se disputoient la couronne , ils les déclaroient quel* quefois tous deux rois (i) ; si l'un d'eux étoit en bas âge (2), ils décidoient en sa faveur, et ils en prenoient la tutèle, comme protecteurs de l'univers. Car ils avoient porté les choses au point que les peuples et les rois étoient leurs sujets , sans savoir

(i) Comme il arriva a Ariarathe et Holopheme , en Cappadoce. (Appian. , in Sinac , Cap. xlvii.)

(a) Pour pouToir rainer la Syrie en qnalité de tuteprs , Uft se déclarèrent pour le fils d'Antiochos , encore enflant , tontre Démétrins qui étoit cbez eux en otage , et q«i les conjuroit de lui rendre justice , disant que Rome étoit sa nère , et les sénateurs ses pères.

précisément par quel titre : étant établi que c'etoit assez d'avoir ouï parler d'eux pour devoir leur être soumis.

Ils ne faisoient jamais de guerres éloignées sans s'être procuré quelque allié auprès de Tennemi qu'ils atlaquoient, qui pût joindre ses troupes à l'armée qu'ils envoyoient : et , comme elle n'étoit jamais considérable parle nombre, ils observoient toujours d'en tenir une autre dans la province la plus voisine de l'ennemi , et une troisième dans Rome toujours prête à marcher (i). Ainsi ils n'exposoient qu'une très-petite partie de leurs forces , pendant que leur ennemi mettoit au hasard toutes les siennes, (a)

Quelquefois ils abusoient de* la subtilité des termes de leur langue. Ils détruisirent Carthage , disant qu ils avoient promis de conserver la cité , et non pas la ville. On sait comment les Étoliens , qui s'étoient abandonnés a leur foi^ furent trompés : les Romains prétendirent que la signification de ces mots , s^ abandonner a la foi dun ennemi y émportoit la perte de toutes sortes de choses , des personnes , des terres , des villes , des temples et des sépultures même.

Ils pouvoient même donner a un traité une interprétation arbitraire : ainsi , lorsqu'ils voulurent

(i) C'ëtoit ime pratique constante > comme on peut Toir par rhistoire.

(a) Voyez comme ils se conduisirent dans la guerre de Macédoine.

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abaisser les Rhodiens , ils dirent qu'ils ne leur avoient pas donne autrefois la Lycie comme présent , mais comme amie et alliée.

Lorsqu!un de leurs généraux faisoit la paix pour sauver son armée prête à périr, le sénat, qui ne la ratificit point, profitoit de cette paix, et continuoit«* la guerre. Ainsi, quand Jugurtha eut enfermé une année romaine y et qu'il l'eut laissée aller sous la foi d*un traité , on se servit contre lui des troupes mêmes qu'il avoit sauvées : et lorsque les Numantins eurent réduit vingt mille Romains , prêts à mourir de faim , à demander la paix , cette paix , qui avoit sauvé tant de citoyens , fut rompue à Rome ; et l'on éluda la foi publique en envoyant le consul qui l'avoit signée, (i)

Quelquefois ils traitoient de la paix avec un prince sous des conditions raisonnables; et, lorsqu'il les aToit exécutées , ils en ajoutoient de telles qu'il étoit forcé de recommencer la guerre. Ainsi , quand ils se furent fait livrer par Jugurtha ses éléphants, ses chevaux, ses trésors, ses transfuges, ils lui demandèrent de livrer sa personne ; chose qui, étant pour un prince le dernier des malheurs , ne peut jamais &ire une condition de paix, (a)

(i) Ds en agirent de même avec les Samnites , les Lusita- >>cat, et les peuples de Corse. Voyez , sur ces derniers , un ^^agnient du livre premier de Dion. ,

(s) lU en agirent de même avec Yiriate : ^près loi avoir ^ rendre les transfuges, on loi demanda qu'il rendit les

Enfin ils jugèrent les rois pour leurs fautes et leurs crimes particuliers. Us écoutèrent les plaintes de tous ceux qui avoient quelques démêlés avec Philippe; ils envoyèrent des députés pour ppurvoir a leur sûreté : et ils firent accuser Persée devant eux pour quelques meurtres et quelques querelles avec des citoyens des villes alliées.

Comme on jugeoit de la gloire d'un général par la quantité de For et de Targent qu^on portoit à son triomphe , il ne laissoit rien à Tennemi vaincu. Rome s^enrichissoit toujours, et chaque guerre la mettoit en état d'en entreprendre une autre.

Les peuples qui étoient amis ou alliés se ruiuoient tous par les présents immenses qu'ils faisoient pour conserver la faveur, ou l'obtenir plus grande; et la moitié de l'argent qui fut envoyé pour ce sujet aux Romains auroit suffi pour les vaincre, (i)

Maîtres de l'univers , ils s'en attribuèrent tous les trésors : ravisseurs moins injustes en qualité de cpnquérants qu'en qualité de législateurs. Ayant su que Ptolomée, roi de Chypre, avoit des richesses im* menses, ils firent une loi sur la proposition d'un tribun , par laquelle ils se donnèrent l'hérédité d'un homme vivant , et la confiscation d'un prince allié, (a)

armes ; à quoi ni lui ni les siens ne purent consentir. ( Frag^ ment de Dion, )

(i) Les présents que le sénat envoyoit aux rois n'étoicnl que des bagatelles , comme une chaise et un bâton d'ivoire ^ ou quelque robe de magistrature.

(a)Florus^ Livre m, Cbap. ix.

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Bientôt la cupidité des particuliers acheva d'enlever ce qui a voit échappe à Ta varice publique. Les magistrats et les gouverneurs vendoient aux rois leurs injustices. Deux compétiteurs se ruinoient à Tenvi pour acheter une protection toujours dou* teuse contre un rival qui n'étoit pas entièrement épuisé : car on n'avoit pas même cette justice des brigands , qui portent une certaine probité dans Vexercice du crime. Enfin les droits légitimes ou usurpés ne se soutenant que par de largent , les princes , pour en avoir, dépouilloient les temples, con6squoient les biens des plus riches citoyens : on Êiisoit mille crimes pour donner aux Romains tout Targent du monde.

Mais rien ne servit mieux Rome que le respect qu elle imprima à la terre. Elle mit d'abord les rois dans le silence, et les rendit comme stupides. Il ne s*agissoit pas du degré de leur puissance; mais leur personne propre étoit attaquée. Risquer une guerre, c*étoit s'exposera la captivité, à la mort, à l'infamie du triomphe. Ainsi des rois qui vivoient dans le faste et dans les délices n'osoient jeter des regards fixes sur le peuple romain ; et ,' perdant le courage , ils attendoient, de leur patience et de Içurs bassesses, quelque délai aux misères dont ils étoientmenacés. ( i) Remarquez , je vous prie , la conduite des Ro-

(i) Os cachoient autant qu'ils pouvoieat leur puttsance et leurs ridiesses aux Romains. Yoyes là-dessus un fragment 4a premier Uvre de Dion.

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mains. Après la défaite d^Antiochus , ils ëtoient maîtres de l'Afrique , de l'Asie et de la Grèce, sans y avoir presque de villes en propre. Il sembloit qu'iU ne conquissent que pour donner : mais ils rest oient si bien les maîtres tjue, lorsqu'ils (aisoient la guerre à quelque prince , ils Taccabloient , pour ainsi dire ^ du poids de tout l'univers.

Il n'étoit pas temps encore de s'emparer des pays conquis. S'ib avoient garde les villes prises a Philippe , ils auroient fait ouvrir les yeux aux Grecs : si , après la seconde guerre punique, ou celle contre Antiochus, ils avoient pris des terres en Afrique ou en Asie , ils n'auroient pu conserver des conquêtes si peu. solidement établies, (i)

Il falloit attendre que toutes les nations fussent accoutumées à obéir, comme libres et comme alliées, avant de leur commander comme sujettes, et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine.

Voyez le traité qu'ils firent avec les Latins après la victoire du lac Régille (2) : il fut un des principaux fondements de leur puissance. On n'y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner l'empire.

(i) Ds n'osèrent y exposer leurs colonies : ils aimèrent mieux mettre une jalousie étemelle entre les Carthaginois et Masêinisse , et se servir du secours des uns et des antres pour soumettre la Macédoine et la Grèce.

(2) Denys d'Halicamasse le rapporte > livre vi , Chap. xcv^ édit. d'Oxford, p. 4i5 de l'édition de Francfort, z586.

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C'^toit une manière lente de conquérir. On vs^n- ^oit un peuple , et on se contentoit de TaSbiblir ; on lui imposoit des conditions qui le minoient insensiblement ; s'il se relevoit , on Fabaissoit encore davantage j et il devenoit sujet sans qu'on pût donner une époque de sa sujéticln.

Ainsi Rome n'étoit pas proprement une monarchie ou une république , mais la tête du corps formé par tous les peuples du monde.

Si les Espagnols , après la conquête du Mexique et du Pérou , avoient suivi ce plan , ils n auroient pas été obligés de tout détruire pour tout conserver. C'est la folie des conquérants de vouloir donner à tous les peuples leurs lois et leurs coutumes : cela n'est bon à rien; car dans toute sorte de gouvernement on est capable d'obéir.

Mais Rome n'imposant aucunes lois générales , les peuples n'avoient point entre eux de liaisons dangereuses ; ils ne faisoient un corps que par une obéissance commune; et, sans être compatriotes, ils étoient tous Romains.

On objectera peut-être que les empires fondés sor les lois des fiefs n'ont jamais été durables ni puissans. Mais il n'y a rien au monde de si contra* dictoire que le plan des Romains et celui des barbares : et , pour n'en dire qu'un mot , le premier étoit l'ouvrage de la force; l'autre, de la foiblesse; dans l'un, la sujétion étoit extrême; dans l'autre, llndépendance. Dans les pays conquis par les nations germaniques , le pouvoir étoit dans la main des vas-

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saux; le droit seulement, dans la main du prince :

c'étoit tout le contraire chez les Romains.

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