‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 10 sur 129 · INVOCATION AUX MUSES · texte numérisé non relu

INVOCATION AUX MUSES

une longue carrière; je suis accablé de tristesse et d'ennui. Mettez daûs mon esprit ce charme et cette douceur que je sentois autrefois , et qui fuit loin de moi. Vous n'êtes jamais si divines que* quand vous menez à la sagesse et à la vérité par le plaisir.

Mais , si vous ne voulez point adoucir la rigueur de mes travaux, cachez le travail même: faites qu'on soit instruit, et que je n'enseigne pas ; que je réfléchisse , et que je paroisse sentir; et , lorsque j'annoncerai des choses nouvelles , faites qu'on croie que je ne savois rien , et que vous m'avez tout dit.

Quand les eaux de votre fontaine sortent du rocher que vous aimez, elles ne montent point dans les airs pour retomber ; elles coulent dans Ja prairie : elles font vos délices, parce qu'elles font les délices ides bergers.

Muses charmantes , si vous portez sur moi un seul de vos regards , tout le monde lira mon ouvrage , et ce qui ne sauroit être nn amusement sera un plaisir.

Divines Muses , je sens que vous m'inspirez , non pas ce qfu'on chante à Tempe sur les chalumeaux , ou ce qu'on répète à Délos sur la lyre : vous voulez que je parle à la raison ; ellp est le plus parfait, le plus noble et le plus exquis de nos sens.

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