‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 101 sur 129 · A MADAME LA DUCHESSE D'AIGUILLON · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE D'AIGUILLON

J'ai reçu, Madame, Fobligeante lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire dans le temps que je quittois la Brède pour partir pour Paris^ Je resterai pourtant sept ou huit jours à Bordeaui: pour mettre en ordre un vieux procès que j'ai. Je pars donc , et vous pouvez être sûre que ce n'est pas pour la Sorbonne que je pars , mais pour vous. Je quitte la Brède avec regret, d'autant mieux que tout le monde me mande que Paris est fort triste. Je reçus , il y a deux ou trois jours, une lettre assez originale : Selle est d'un bourgeois de Paris qui me doit de l'argent, et qui me prie de l'attendre jusqu'au retour du parlement; et je lui mande qu'il feroit bien de prendre un terme un peu plus fixe. C'est un grand fléau que cette petite - vérole : c'est une nouvelle mort à ajouter à celle à laquelle nous sommes tous destinés. Les peintures riantes qu'Homère fait de ceux qui meurent , de cette fleur qui tombe sous la faux du moissonneur^ ne peuvent pas s*appliquer à cette mort-là.

J'aurois eu l'honneur de vous envoyer les chapitres que vous voulez bien me demander, si vous ne m'aviez appris que vous n'étiez plus dans le lieu où vous voulez les faire voir : mais je vous

les apporterai ; vous les corrigerez , et vous me direz , « Je n'aime pas ocla » ; et vous ajouterez , c( Il falloit dire ainsi ». Je vous prie , Madame , d'avoir la bonté d'agréer les sentiments du monde les plus respectueux.

De laBrëde, le 3 décembre 1753.

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