‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 116 sur 129 · LETTRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVIII

A LA MÊME

^ Je commence par votre apostille. Vous dites que vous êtes aveugle ! Ne voyez- vous pas que nous étions autrefois, vous et moi, de petits esprits rebelles qui furent condamnés aux ténèbres ? Ce qui doit nous consoler, c'est que ceux qui voient clair ne sont pas pour cela lumineux. Je suis bien aise que vous vous accommodiez du savant Bailly : si vous pouvez gagner ce point, que vous ne l'amusiez pas trop, vous êtes bien; et quand

cela ira trop loin, vous pourrez- l'envoyer à

Chaulnes.

Je ferai sur la place de l'Académie ce que voudront madame de Mirepoix , d'Alembert et vous; mais je ne vous reponds pas de M. de Saint-Maur : car jamais homme n'a tant été à lui , que lui. Je suis bien aise que ma défense ait plu à M. Le Monnier. Je sens que ce qui y plaît est de voir, non pas mettre les vénérables théologiens à terre , mais de les y voir couler doucement.

Il est très-singulier qu'une dame qui a un mer^ credi n'ait point de nouvelles. Je m'en passerai. Je suis ici accablé d'affaires; mon frère est mort. Je ne lis pas un livre , je me promène beaucoup, je pense souvent à vous , je vous aime. Je vous présente mes respects.

De la Brèd« , le i3 septembre 1742.

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