‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 117 sur 129 · A M. LE PRÉSIDENT HÉNAULT · texte numérisé non relu

A M. LE PRÉSIDENT HÉNAULT

Je voudrois bien , Monsieur mon illustre confrère, donner trois ou quatre livres de l'Esprit des Lois pour savoir écrire une lettre comme la vôtre; et pour vos sentiments d'estime, je vous en rends bien d'admiration. Vous donnez la vie à mon âme qui est languissante et morte, et qui ne sait plus que se reposer. Avoir pu vous amuser à Compiègne, c'est pour moi la vraie gloire. Mon cher président, permette2-moi de vous aimer ^

permettez-moi dé me souvenir des charmes de votre société, comme on se souvient des li^ux que Ton a vus dans sa jeunesse , et dont on dit : J'étois heureux alors ! Vous faites des lectures sérieuses à la cour , et la cour ne perd rien de vos agréments; et moi, qui n'ai rien à faire , je ne puis me résoudre à faire quelque chose. J'ai toujours senti cela : moins on travaille, moins on a de force pour travailler. Vous êtes dans le pays des changements; ici, autour de nous, tout est immobile. La marine, les affaires étrangères, les finances, tout nous semble la même chose : il est vrai que nous n'avons point une grande finesse dans le tact. J'apprends que nous avons eu à Bordeaux plusieurs conseillers au parlement de Paris, qui, depuis le rappel , sont venus admirer les beautés de notre ville, outre qu'une ville où l'on n'est pointexilé est plus belle qu'une autre. Mon cher président , je vous aimerai toute ma vie. De la Brëde , le 1 1 août 1744.

Page 1