‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 118 sur 129 · A M. D'ALEMBERT · texte numérisé non relu

A M. D'ALEMBERT

Vous prenez le bon parti; en fait d'huître on ne peut faire mieux. Dites, je vous prie , à madame du Deffand , que si je continue à écrire sur la philosophie, elle sera ma marquise. Vous avez beau vous défendre de l'Académie , nous avons des matérialistes aussi; témoin l'abbé d'Olivet^

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qui pèse au centre et à la circonférence; au lieu que vom, vous ne pesez point du tout Vous m'avez donné de grands plaisirs. Tai lu et relu votreDiscours préliminaire : c'est une chose forte, c'est une chose charmante , c'est une chose pré* cise, plus de pensées que de mots, du sentiment comme des pensées, et je ne finirois point.

Quant à mon introduction dans YEncjrclopé^ die, c'est un beau palais où je serois bien glorieux de mettre les pieds ; mais pour les deux articles Démocratie et Despotisme^ je ne voudrois pas prendre ceux-là; j'ai tiré, sur ces articles, de mon cerveau tout ce qui y étoit. L'esprit que j'ai est un moule; on n'en tire jamais que les mêmes portraits : ainsi je ne vous dirois que ce que j'ai dit, et peut-être plus mal que je ne l'ai dit. Ainsi, si vous voulez de moi, laissez à mon esprit le choix de quelques articles ; et si vous voulez ce choix , ce sera chez madame du Deffand avec du marasquin. Le père Castel dit qu'il ne peut pas se corriger, parce qu'en corrigeant son ouvrage il en fait un autre; et moi je ne puis pas me corriger, parce que je chante toujours la même chose. Il me vient dans l'esprit que je pourrois prendre peut-être l'article Goût, et je prouverai bien que difficile est propriè communia dicere.

Adieu, Monsieur; agréez, je vous prie, les sen* timents de la plus tendre amitié.

De Bordeaux, le i6 novembre 1753.

FIN DES LETTRES FÀMILlàRES.

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