Tome V. 3o
La foi 9 la justice ^ et la grandeur d'âme, montèrent sur le trône avec Louis ix.
Tanneguy du Chàtel abandonna les emplois dès que la voix publique s'éleva contre lui; il quitta sa patrie sans se plaindre , pour lui épargner ses murYnures.
Le chancelier Olivier introduisit la justice jusque dans le conseil des rois , et la politique plia devant elle.
La France n*a jamais eu de meilleur citoyen que Louis xii.
Le cardinal d'Amboise trouva les intérêts du peiiple dans ceux du roi , et les intérêts du roi dans ceux du peuple.
Charles viii connut, dans la première jeunesse même, toutes les vanités de la jeunesse.
Le chancelier de THospital, tel que les lois, fut bage comme elles dans une cour qui n'étoit calmée que par les plus profondes dissimulations , ou agitée que par les passions les plus violentes.
On vit dans La Noue un grand citoyen au milieu des discordes civiles.
L'amiral de Coligny fut assassiné , n'ayant dans le cœur que la gloire de l'état , et son sort fut tel ^ qu'après tant de rébellions, il ne pût être puni que par un grand crime/
Lés Guises furent extrêmes dans le bien et dans le mal qu'ils firent à l'état. Heureuse la France s'ils n'avoient pas senti couler dans leurs veines le sang de Charlemagne!
Il semble que l'âme de Miron , prévôt desmarchands, fat celle de tout le peuple.
Henri IV,,... Je n'en dirai rien, je parie à des François.
Mole montra de l'héroïsme dans une condition qui ne s'appuie ordinairement que sur d'autres vertus.
César auroit été comparé à M. le Prince , s'il étoit venu après lui.
Turenne n'avoit point de vices, et peut-être que, s'il en ayoit eu , il auroit porté certaines vertus plus loin. Sa vie est un hymne à. la louange de l'humanité.
Le caractère de Montausier à quelque chose des anciens philosophes , et de cet excès de leur raison.
Le maréchal de Catinat a'^outenu la victoire avec modestie , et la disgrâce avec majesté , gran^ encore après la perte de sa réputation même.
Vendôme n'a jamais eu rien à lui que sa gloire»
Fontenelle , autant au-dessus des autres hommes par son cœur qu'au - dessus des hommes de lettres par son esprit.
Louis XIV , ni pacifique , ni guerrier : il avoit les formes de la justice , de la politique , de la dévotion , et l'air d'un grand roi. Doux avec ses domestiques , libéral avec ses courtisans , avide avec ses peuples , inquiet avec ses ennemis, despotique dans sa famille , roi dans sa cour , dur dans ses conseils , enfant danâ celui de con-
science, dupe de tout ce qui joue le prince, les ministres, les femmes et les dévots;, toujours gouvernant , et toujours gouverné , malheureux dans ses choix , aimant les sots , souffrant les talents, craignant l'esprit ; sérieux dans ses amours, et , dans son dernier attachement , foible à faire pitié ; aucune force d'esprit dans les succès ; de la sécurité dans les revers, du courage dans sa mort. Il aima la gloii'e et la religion , et on l'empêcha toute sa vie de connoitre ni l'un ni l'autre. Il n'auroit eu presque aucun de ces défauts , s'il avoit été un peu mieux élevé , et s'il avoit eu un peu plus d'esprit II avoit l'âme plus grande que l'esprit. Madame.de Maintenon abaissoit sans cesse cette âme pour la mettre à son point.
Les plus méchafits citoyens de France furent Richelieu et Louvois. J'en non^merois un troisième ' ; mais épargnons-le dans sa disgrâce.