‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 129 sur 129 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

Il est inutile de dire comment le morceau suixant s'est trouvé en notre possession : tout ce que nous pourrions donner de détails à ce sujet n'ajouteroit rien à Tauthenticité d'un écrit oii il est impossible de méconnohre la main de Montesquieu. On sait que ce grand honmie ayoit pour habitude , dans ses voyages , de prendre des notes sur tons les objets qui fixoient son attention , et l'on a pu voir dans le récit de sa vie comment lord Ghesterfield lui fit £ûre le sacrifice de celles qu'il avoit recueillies sur le gouvernement «t sur la société de Venise. Si elles étoient aussi libres et aussi énergiques que la plupart de celles qu'on va lire , on conçoit qu'il ait pu céder aux craintes que son ami se fit un jeu de lui inspirer. Les notes sur l'Angleterre sont écrites comme tout ce qui n'est pas destiné à parottre aux regards d'autrui , et que l'on réserve pour son usage particulier x l'abandon du style j va jusqu'à la négligence , et aucun ordre n'est observé entre les matières; mais il y a des saillies , des traits de premier mouvement ^ qu'on ne trouveroi t peut-être pas dans une composition soignée , ou qui ,du moins , y seroient certainement affoiblis par le travail de la diction. Quelques paisages sont obscurs ; d'autres sont visiblement altérés. Nous avons laissé les uns et les antres tek

4?(5 Notes

que nous les avons trouvés : nous aurions trop craint die .toucher à l'ouvrage cle l*ëcrivaki^ en voulant corriger les fautes du copiste, et nous avons mieux aimé offrir cet écrit avec, toutes ses iipperfections, que de mutiler le texte de Montesquieu en cherchant à Téclaircir.

Je partis le dernier octobre 1729 de La Haye ; je fis le voyage avec milordChesterfield, qui voulut bien me proposer une place dans son yacht.

Le peuple de Londres mange beaucoup de viande ; cela le rend très-robuste ; mais à Tâge de quar^ipte à quarante-cinq ans , il crève.

ïl hy a rien de si affreux que' les rues de Londres; elles sont très-malpropres, le pavé y est si mal entretenu qu'il est presque impossible dy aller en carrosse, et qu'il faut faire son testament lorsqu'on va en fiacre, qui sont des voitures hautes comme un théâtre, où le cocher est plus haut enc<M*e yson siège étant de niveau à l'impériale. Ces fiacres s'enfoncent dans des trous , et il sç fait un cahotement qui fait perdre la tête.

Les jeynes seigneurs anglois sont divisés en deux classes : les uns savent beaucoup, parce qu'ils ont été long-temps dans les universités ; ce qui leur a donné un air gêné Bf^ec une mauvaise honte. Les autres ne savent absolument rien , et

ceux-là ne sont rien moins que honteux, et ce sont les petits-tnaîtres de la nation. En général les Anglois sont modestes.

Le 5 octobre 1730 (n. s. ' ) , je fus présenté a<i prince , au roi et à la reine à Kensington. La reine , après m'avoir parié de mes Toyages , parla du théâtre anglois ; elle demanda à milord Ches* terfield d'où vient que Shakespeare , qui vivoit du temps de la reine Elisabeth, avoit si mal fait parler les femmes et les avoit fait si sottes. Milord Chesterfield répondit fort bien que, dans ce temps4à, les femmes ne paroissoient pas sur ît théâtre , et que c'étoit de ma«|U<raîd acteurs qui jouoient ces rôles , ce qui faisoit que Shakespeare ne prenoit pas tant de peine à les faire bien parler. J'en dirois une autre raison ; c'est que pou.r faire parler les femmes , il faut avoir l'usage du monde et des bienséances. Pour faire bien parler les héros, il ne faut qu'avoir l'usage des livres. La reine me demanda s'il n'étoit pas vrai que, parmi nous, Corneille fut plus estimé que Racine ? Je lui répondis que l'on regardoit ordinairement Corneille comme un plus grand esprit , et Racine comme un plus grand auteur.

' Il me semble que Paris est une belle ville où il y a des choses plus laides, Londres une vilaine ville où il y a de très-belles choses.

' Nouveau style.

A Londres, liberté et égalité. La liberté de Londres est la liberté des honnêtes gens, en quoi elle diffère de celle de Venise , qui est la

liberté de vivre obscurément et avec dés p et

de les épouser : l'égalité de Londres est aussi Inégalité des honnêtes gens, en quoi elle diffère de la liberté de Hollande , qui est la liberté de la canaille.

Le Crqftsman * est fait par Bolingbroké et par iVI. Pulteney. On le fait conseiller * par trois avocats avant de l'imprimer , pour savoir s'il y a quelque chose qui blesse la loi.

C'est une chose lamentable que les plaintes des étrangers , surtout des François qui sont à Londres. Ils disent qu'ils ne peuvent y faire un ami; que, plus ils y restent, moins ils en ont; que leurs politesses sont reçues comme des injures. Kinski , les Broglie, La Villette , qui appeloit à Paris milord Essiex son fils , qui donnoit de petits remèdes à tout le monde , et demandoit à toutes les femmes des nouvelles de leur santé ; ces gens -là veulent que les Anglois soient faits comme eux ; comment les Anglois aimeroientils les étrangers? ils ne s'aiment pas eux-mêmes.

' Le Craftsman étoit un journal ; çraftsman signifie artisan.

• Conseiller est là pour examiner.

Çomm^Rt nous donneroient-ils à diner? ils ne &e donnent pas à dîner entre eux. « Maison vient » dans un pays pour y être aimé et honoré ». Cela n'est pas une chose nécessaire ; il faut dope faire comme eux , vivre pour soi ; comme eux , ne se soucier de personne , n'aimer personne , et ne compter sur personne. Enfin il faut prendre les pays comme ils sont : quand je suis en France , je fais amitié avec tout le monde ; en Angleterre*, je n'en fais à personne; en Italie, je fais des compliments à tout le monde ; en Allemagne , je bois avec tout le monde.

On dit : En Angleterre , on ne me fait point amitié. Est-il nécessaire quç Ton vous fasse des a&itiés ?

Il faut à TAnglois un bon dîner, une fille, de l'aisance ; comme il n'est pas répandu , et qu'il est borné à cela, dès que sa fortune se délabre, et qu'il ne'peut plus avoir cela , il se tue ou se fait voleur.

Ce 1 5 mars ( v. s. ' ). Il n'y a guère de jour que quelqu'un ne perde le respect au roi d'Angleterre. Il y a quelques jours que milady.Bell Molineux , maîtresse fille , envoya arracher des arbres d'une petite pièce de terre que la reine avoit achetée pour Kensington , et lui fit procès,

* Vieux style.

sans avoir jamais voulu , sous quelque [Prétexte , s'acommoder avec elk , et fit attendre le ëecritairé de la reine trois heures, lequel lui venoit dire, que la reine n'avoit pas cru qu^elle eût un droit de propriété seigneuriale sur cette pièce, Fautre Fayâtit pour trois vies, mais avec défense de la vendre.

Il me semble que la plupart des princes sont pfus honnêtes gens que nous , parce qu'ils ont plus à perdre de leur réputation , étant regardés.

La corruption s'est mise dans toutes les conditions. Il y a trente ans qu'on n'entendoit pas parler d'un voleur dans Londres; à présent il n'y a que cela. Le livre de Whiston contre les miru<> clés du Sauveur, qui est lu du peuple , ne réformera pas les mœurs. Mais, comme on veut que l'on écrive contre les ministres d'état, on veut laisser la liberté de la presse.

Pour les ministres, ils n'ont point de projet fixe. A chaque jour suffit sa peine. Ils gouvernent jour par jour.

Du reste, une grande liberté extérieure. Milady Denham étant masquée, dit au roi : Apro^ pos , quand viendra donc le prince de Galles ? Est-ce qu'on crmmt de le montrer ? SeroUnl aussi sot que son père et son grand^père? Le roi sut qui elle étoit, parce qu'il voulut le savoir de sa com^^ pagnie. Depuis ce temps, quand elle alloità la cour, elle étoit pâle comme la mort

L^argent est ici souverainement estimé; l'honneur et la vertu peu.

On ne sauroit envoyer ici des gens qui aient trop d'esprit On se trompera toujours sans cela avec le peuple , et on ne le connoîtra point Si on se livre à un parti, on y tient Or, il y a cent millions de petits partis, comme de passions. D'Hiberville , qui ne voyoit que des jacobites, se laissa entraîner à faire croire à la cour de France qu'on pourroit faire un parlement tory : il fut whig, après beaucoup d'argent jeté, et cela fut cause, dit-on, de sa disgrâce. Les ministres de mon temps ne connoissoient pas plus l'Angleterre qu'un enfant de six mois. Kinski se trompoit toujours sur les mémoires de Torys. Comme on voit le diable dans les papiers périodiques , on croit que le peuple va se révolter demain ; mais il faut seulement se*mettre dans l'esprit qu'en Angleterre, comme ailleurs, le peuple est mécontent des ministres, et que le peuple y écrk ce que l'on pense ailleurs.

Je regarde le roi d'Angleterre comme un homme qui a une belle femme, cent domestiques, de beaux équipages, une bonne table; on le croit heureux. Tout cela est au dehors. Quand tout le monde est retiré, que la porte est fermée, il faut qu'il se querelle avec sa femme, avec ses domestiques, qu'il jure contre son maître-d'hôtel; il n'est plus si heureux.

Quand je vais dans un pays , je n'examine pas s'il y a de bonnes lois , mais si on exécute celles qui y sont, car il y a de bonnes lois partout

Comme les Anglois ont de l'esprit , sitôt qu'un ministre étranger en a peu , ils le méprisent d'abord , et soudain son affaire est faite ; car ils ne reviennent pas du mépris.

Le roi a un droit sur les papiers qui courent, et qui sont au nombre d'une cinquantaine, de façon qu'il est payé poui* les injures qu'on lui dit.

Comme on ne s'aime point ici à force de craindre d'être dupe, on devient dur.

Un couvreur se faisoit apporter la gazette sur les toits pour la lire.

Hier, a8 janvier 1780 (v. s.), M. Chipin parla dans la chambre des communes , au sujet des troupes nationales ; il dit qu'il n'y avoit qu'un tyran ou un usurpateur qui eût besoin.de troupes pour se m^aintenir, et qu'ainsi c'étoit des moyens que le droit incontestable de S. M. ne pouvoit pas exjger : sur les mots de tyran et d'usurpateur, toute la chambpre fut étonnée, et lui les répéta une seconde fois; il dit ensuite qu'il n'aimoit pas les maximes hanovrîennes.... Cela étoit si vif que la chambre eut peur de quelque débat, de façon que tout le monde cria aux voix, afin d'arrêter le débat.

StIR L'ANGLETERRE. 493

Lorsque le roi de Prusse voulut faire la guerre à Hanovre , on demanda pourquoi le roi de Prusse ayoit soudain assemblé ses troupes avant d'avoir demandé satisfaction. Le roi de Prusse répondoit qu'il l'avoit fait demander deux ou trois fois , mais que le sieur de Reichtembach , son mi« nistre , avoit toujours été rabroué et non écouté, par le sieur Débouche, premier ministre, lequel avoit de l'aversion pour la couleur bleue. Or, il se trouva que le plus riche habit de Reichtembach, que je lui ai vu, étoit bleu; ce qui faisoit que ledit ministre ne pouvoit avoir un moment d'audience.

Il y a des membres écossois qui n'ont que deux cents livres sterling pour leur voix et la vendent à ce prix.

Les Anglois ne sont plus dignes de leur liberté. Ils la vendent au roi ; et si le roi la leur redonnoit, ils la lui vendroient encore.

Un ministre ne songe qu'à triompher de son adversaire dans la chambre basse; et pourvu qu'il en vienne à bout , il vendroit l'Angleterre et toutes les puissances du monde.

Un gentilhomme nommé , qui a quinze

écus sterling de rente , avoit donné , à plusieurs

temps , cent guinëes , une guinée à lui en rendre dix , lorsqu'il joueroit sur le théâtre. Jouer une pièce pour attraper mille guinées , et cette action infâme n*est pas regardée aveô horreur! Il me semble qu'il se fait bien des actions extraordinaires en Angleterre ; mais elles se font toutes pour avoir de l'argent. Il n'y a pas seulement d'honneur et de vertu ici ; mais il n'y en a pas seulement d'idée ; les actions extraordinaires en France , c'est pour dépenser de l'argent; ici c'est pour en acquérir.

Je ne juge pas de l'Angleterre par ces hommes ; mais je juge de l'Angleterre par l'approbation qu'elle leur donne ; et si ces hommes y étoient regardés comme ils le seroient en France, ils n'auroient jamais osé cela.

J'ai ouï dire à d'habiles gens, cpie l'Angleterre, dans le temps où elle fait des efforts , n'est capable , sans se ruiner, de porter que cinq millions sterling de taxe ; mais à présent , en temps de paix , elle en paye six.

J'allai avant hier au parlement à la chambre basse ; on y traita de l'arflaire de Dunkerque. Je n'ai jamais vu un si grand feu. La séance dura depuis une heure après midi jusqu'à trois heures après minuit. Là , les François furent bien mal menés ; je remarquai jusqu'où va l'affreuse jar

SUR rANGLETERRK 4^5

lousie qui est entre les deux nations. M. Walpole attaqua Bolingbroke de la façon la plus cruelle^ et disoit qu'il avoit mené toute cette intrigue. Le chevalier Windham le défendit. M. Walpole raconta en faveur de Bolingbroke l'histoire du paysan qui, passant avec sa femme sous un arbre , trouva qu'un homme pendu respiroit encore. Il le détacha et le porta chez lui ; il revint Ils trouvèrent le lendemain que cet homme leur avoit volé leurs fourchettes ; ils dirent : Il ne faut pas s'opposer au cours de la justice : il le faut rapporter où nous l'avons pris*

C'étoit de tout temps la coutume que les com^ munes envoyoient deux bills aux seigneurs : l'un contre les mutins et les déserteurs , que les seigneurs passoient toujours ; l'autre contre la corruption , qu'ils rejetoient toujours^ Dans la dernière séance , miîord Thousand dit : Pourquoi nous chargeons-nous toujours de cette haine publique de rejeter toujours le bill ? il faut augmenter les peines , et faire le bill de manière que les communes le rejettent elles-mêmes : de façon que, par ces belles idées, les seigneurs augmentèrent la peine tant contre le corrupteur que le corrompu. Dix à cinq cents mirent que ce seroit les juges ordinaires qui jugeroient les élections, et non la chambre; qu'on suivroit toujours le dernier préjugé dans chaque cour. Mais les com* munes, qui sentoient peut-être l'artifice ou vou«

lurent s'en prévaloir, le passèrent aussi, et la cour fut contrainte de faire de même. Depuis ce temps ^ la cour a perdu , dans les nouvelles élec-. tions qui ont été faites , plusieurs membres, lesquels ont été choisis parmi les gros propriétaires de fonds de terres ; et il sera difficile de faire un nouveau parlement au gré de la cour ; de façon que l'on voit que le plus corrompu des parlements est celui qui a le plus assuré la liberté publique.

Ce bill est miraculeux , car il a passé contre la volonté des communes , des pairs , et du roi.

Autrefois le roi avoit en Angleterre le quart des biens , les seigneurs un autre quart, le clergé un autre quart; ce qui faisoit que , les seigneurs et le clergé se joignant, le ro; étoit toujours battu. Henri vu permit aux seigneurs d'aliéner, et le peuple acquit; ce qui éleva les communes. Il me semble que le peuple a eu , sous Henri vu, les biens de la noblesse; et, sous Henri viii, la noblesse a eu les biens du clergé. Le clergé , sous le ministère de la reine Anne, a repris des forces, et il s'enrichit tous les ans de beaufioup. Le ministère anglois qui vouloit avoir le clergé, obtint de la piélé de la reine Anne , qu'elle lui laisseroit de certains biens royaux , comme la première année du revenu de chaque évéché,et quelque autre chose, montant à quatorze mille livres sterling par an , pour suppléer aux pauvres béné-

fices , avec cette clause que les ecclésiastiques y ont fait mettre : que tout bénéficier qui demanderoit l'application de partie de cette somme, seroit obligé d'en mettre autant de son bien pour augmenter le revenu du bénéfice ; et de plus , il a passé qu'on pourroit donner à l'Église , même par testament; ce qui a abrogé l'ancienne loi , et fait que le clergé ne laisse pas de s'enrichir , malgré le peu de religion de l'Angleterre. Le ministère wigh n'auroit pas fait cela ; mais il n'a pas osé le changer, car il a toujours besoin du clergé.

lé^lela

Je crois qu'il est de Tintéiînfïe la France de maintenir le roi eh Ati^eteJ^^ car une république seroit bien plus Tatalc : elle agiroit par toutes ses forces , au lieu qu'avec un roi elle agit avec des forces divisées. Cependant les choses ne peuvent pas rester long-temps comme cela.

Là où est le bien , est le pouvoir ; la noblesse et le clergé avoient autrefois le bien , ils l'ont perdu de deux manières : i®. par l'augmentation des livres au marc (le marc de trois livres, sous Saint-Louis, étant peu à peu parvenu à 499 où il est à présent); a®, par la découverte des Indes, qui a rendu l'argent très -commun, ce qui fait que les rentes des seigneurs étant presque toutes en argent , ont péri. Le roi a surchargé les communes à proportion de ce que les seigneurs ont Tome V. Sa

49g NOTES

perdu sur elles ; et le roi est parvenu à être un prince redoutable à ses Toisins, avec une noblesse qui n'avoit plus d'autres ressources que de servir, et des roturiers qu'il a fait payer à sa fantaisie : les Anglois sont la cause de notre servitude.

Il y a dans cet ouvrage ' un défaut qui me semble celui du génie de la nation pour laquelle il a été fait, qui est moins occupée de sa prospérité que de son envie de la prospérité des autres; ce qui est sonf^gttrit dominant, comme toutes les lois d'Angle^^ sur le commercie et la. navigation le font as^^yoir.

Je ne sais pas ce qui arrivera de tant d'habitants que Ton envoie d'Europe et d'Afrique dans les Indes occidentales ; mais je crois que si quelque nation est abandonnée de ses colonies, cela commencera par la nation angloise.

Il n'est point de mot ao^Mhpour exprimer

valet €le diambre^ parcej

et: point de différence de ^^^^^^^^ de j Au lieu qtjc Ton dit en le peuple dit en Angle tel bien.

^ On ne^^^^Bie) ouvrage

SDR L'ANGLETERRE. 499

Les Ânglois vous font pea de politesses ^ mais jamais d'impolitesses.

lies femmes y sont réservées , parce que les Anglois les voyent peu; elles s'imaginent qu'un étranger qui leur parle ^ veut les chevaucher. Je ne veux points disent-elles, gis^e to him encouragement *.

Point de religion en Angleterre, quatre ou cinq de la chambre des communes vont à la messe ou au sermon de la chambre , excepté dans les grandes occasions où l'on arrive de bonne heure. Si quelqu'un parle de religion , tout le monde se met à rire, tin homme ayant dit de mon temps , je crois cela comme article de foi, tout le monde se mit à rire. Il y a tin comité pour considérer l'état de la religion ; cela est regardé comme ridicule.

L'Angleterre est à présent le plus libre pays qui soit au^monde, je n'en excepte aucune république ; j'appelle libre , parce que le prince n'a je pouvoir de faire aucun tort imaginable à qui que ce soit , par la raison que son pouvoir est contrôlé et borné par un acte; mais si la chambre basse devenoit maîtresse, son pouvoir seroit illi-

' Leur donner des encouragements.

5oo NOTES SUR L'ANGLETERRE,

mité et dangereux , parce^u'elle auroit en même temps la puissance executive; au lieu qu'à présent le pouvoir illimité est dans le parlement et le roi , et la puissance executive dans le roi , dont le pouvoir est borné.

Il faut donc qu'un bon Anglois cherche à défendre la liberté également contre les attentats de la couronne et ceux de la chambre.

Quand un hom^ie en Angleterre auroit autant d'ennemis qu'il a de cheveux. sur la tête, il ne lui en arriveroit rien : c'est beaucoup, car la santé de l'âme est aussi nécessaire que celle du corps.

Lorsqu'on saisit le cordon bleu de M. de Broglie, un homme dit ; Voyez cette nation ^ ils ont chassé le Père , renié le Fils , et confisqué le Saint- Esprit.

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