‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 128 sur 129 · Tome V. 3i · texte numérisé non relu

Tome V. 3i

48a PEirsÉES

Dans le cours de ma vie , je n'ai trouvé de gens communément méprisés que ceux qui vi** voient en mauvaise compagnie.

Les observations sont Fhistoire de la physique , les systèmes en sont la fable.

Plaire dans une conversation vaine et frivole est aujourd'hui le seul mérite : pour cela, le magistrat abandonne Tétude des lois; le médecin croit être décrédité par l'étude de la médecine ; on fuit comme pernicieuse toute étude qui pourroit ôter le badinage.

Rire pour rien , et porter d'une maison dans l'autre une chose frivole, s'appelle science du monde. On craindroit de perdre celle-là , si l'on s'appliquoit à d'autres.

Tout homme doit être poli ; mais aussi il doit être libre.

La pudeur sied bien à tout le monde ; mais il faut savoir la vaincre , et jamais la perdre.

11 faut que la singularité consiste dans une manière fixe de penser qui échappe aux autres ; car un homme qui ne sauroit se distinguer que par une chaussure particulière, seroit un sot par tout pays.

On doit rendre aux auteurs qui nous ont paru originaux dans plusieurs endroits de leurs ouvrages cette justice, qu'ils ne se sont point abaissés à descendre jusqu'à la qualité de copistes.

II y a trois tribunaux qui ne sont presque jamais d'accord : celui des lois, celui de rbomteur^ celui de la religion.

Rien ne raccourcit plus les grands hommes que leur attention à de certains procédés personnels. Ten connois deux qui y ont été absolument insensibles, César et le duc d'Orléans régent.

Je me souviens que j'eus autrefois la curiosité de compter combien de fois j'entendrois faire une petite histoire qui ne méritoit certainement pas d'être dite ni retenue : pendant trois semaines qu'elle occupa le monde poli , je l'entendis faire deux cent vingt -cinq fois, dont je fus trèscontent

Un fonds de modestie rapporte un tçès-grand fonds d'intérêt.

Ce sont toujours les aventuriers qui font de grandes choses, et non pas les souverains des grands empires.

L'art de la politique rend-il nos histoires plus belles que celles des Romains et des Grecs ?

Quand on veut abaisser un général , on dit qu'il est heureux ' ; mais il est beau que sa for* tune fasse la fortune publique.

' Ce mot rappelle celui de Fontenelle, k qui on diioiti au sujet du succès d'Inès de Castro , que La Motte ^loit Heureux : Oui, répoodit-il ; mais ce bonheur n arrive Ja» mais aux sots.

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