‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 18 sur 129 · DE SYLLA ET D'EUCRATE · texte numérisé non relu

DE SYLLA ET D'EUCRATE

sang que j'ai yersé pour la république ; je répondrai à tous ceux qui viendront me demander leur père , leur fils , ou leur frère. Tous les Romains se sont tus devant moi.

Cette belle aftion dont vous me parlez me paroit bien imprudente. Il est vrai que vous avez eu pour vous le nouvel étonnement dans lequel vous avez mis les Romains. Mais comment osâtes-vous leur parler de vous justifier , et prendre pour juges des gens qui vous dévoient tant de vengeances?

Quand toutes vos actions n'auroient été que «évères pendant que vous étiez le maître , elles devenoient des crimes affreux dès que vous ne l'étiez plus.

Vous appelez des crimes, me dit -il, ce qui a fait le salut de la république. Vouliez -vous que je visse tranquillement des sénateurs trahir le sénat pour ce peuple qui , s'imaginant que la lil>erté doit être aussi extrême que le peut être l'esclavage, cherchoit à abolir la magistrature même !

Le peuple , gêné par les lois et par la gravité du sénat , a toujours travaillé à renverser l'un et l'autre. Mais celui qui est assez ambitieux pour le servir contre le sénat et les lois , le fut toujours assez pour devenir son maître. C'est ainsi que nous avons vu finir tant de républiques dans la Grèce et dans l'Italie.

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