‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 41 sur 129 · MINI DE ME CORAM DOMINO , ET CONTEMNAM 1LL0I> HODIÈ · texte numérisé non relu

MINI DE ME CORAM DOMINO , ET CONTEMNAM 1LL0I> HODIÈ

Je ne parlerai donc point de ces grandes corruptions qui , dans tous les temps , ont été le

DISCOURS AU t>ARLEM. DE BORDEAUX. 1 7 1 présage du changement ou de la chute des états ; de ces injustices de dessein formé ; de ces méchancetés de systèmes; de ces vies toutes marquées de crimes, où des jours d'iniquités ont toujours suivi des jours d'iniquités ; de ces magistratures exercées au milieu des reproches, des pleurs , des murmures et des craintes de tous les citoyens : contre des juges pareils , contre des hommes si funestes , il faudroit un tonnerre ; la honte et les reproches ne sont rien.

Ainsi, supposant dans un magistrat sa vertu efssentielle, qui est la justice ^qualité sans laquelle il n'est qu'un monstre dans la société, et avec laquelle iî peut être un très-mauvais citoyen, je ne parlerai que des accessoires qui peuvent faire que cette justice abondera plus ou moins. Il faut qu'elle soit éclairée; il faut qu'elle soit prompte , qu'elle ne soit point austère , et enfin qu'elle soit universelle.

• Bans l'origine de notre monarchie, nos pères, pauvres, et plutôt pasteurs que laboureurs, soldats plutôt que citoyens, avoient peu d'intérêts à régler; quelques lois sur le partage du butin , sur la pâture ou Iç larcin des bestiaux, régloient tout dans la république : tout leiBonde étoit bon pour être magistrat chez un peuple qui , dans ses •moeurs , suivoit la simplicité de la nature , et à qui son ignorance et sa grossièreté fournissoient des moyens aussi faciles qu'injustes de terminer les différends, comme le .sort, les épreuves par l'eau, par le feu, les combats singuliers, etc.

jya - DISCOURS

Mais depuis que nous avons quitté nos mdeurs sauvages ; depuis que , vainqueurs des Gaulois et des Romains , nous avons pris leur police ; que le code militaire a cédé au code civil; depuis surtout que les lois des fiefe n'ont plus été les seules lois de la noblesse , le seul code de l'état, et que , par ce dernier changement , le commerce et le labourage ont été encouragés ; que les richesses des particuliers et leur avarice se sont accrues ; qu^on a eu à démêler de grands intérêts , et des intérêts presque toujours cachés ; que la bonne foi ne s'est réservé que quelques affaires de peu d'importance , tandis que l'artifice et la fraude se sont retirés dans les contrats , nos codes se sont augmentés : il a fallu joindre les lois étrangères aux nationales ; le respect pour la religion y a mêlé les canoniques; et les magistratures n'ont plus été le partage que des citoyens les plus éclairés.

Les juges se sont toujours trouvés au milieu des pièges et des surprises , et la vérité a laissé dans leur esprit les mêmes méfiances que l'erreur.

L'obscurité du fond a fait naître la forme. Les fourbes , qui ont espéré de pouvoir cacher leur malice , s'en sont fait une espèce d'art : des professions entières se sont établies, les unes pour obscurcir ; les autres pour allonger les affaires., et le juge a eu moins de peine à se défendre de la mauvaise foi du plaideur que de l'artifice de ce^ lui à qui il confioit ses intérêts.

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