‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 50 sur 129 · L'HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE NATURELLE

Lues le 20 navembre 1721.

1. Ayaict observé dans le microscope un insecte dont nous ne savons pas le nom (peut-être même qu'il n'en a point , et qu'il est confondu avec une infinité d'autres qu'on ne connoit pas ), nous remarquâmes que ce petit animal , qui est d'un très-beau rouge, paroît presque grisâtre lorsqu'on le pcgarae au travers de la lentille , ne conservant qu'une petite nuance de rouge ; ce qui nous pîaroît confirmer le nouveau système des couleurs de Newton, qui croit qu'un objet ne paroît rouge que parce qu'il renvoie aux yeux les rayons capables de produire la sensation du rouge, et absorbe ou renvoie foiblement tout ce qui peut exciter celle des autres couleurs; et comme la principale vertu du microscope est de réunir les rayons, qui, étant séparés , n'auroient point assez de force pour exciter une sensation , il est arrivé , dans cette observation , que les rayons du gris se sont fait sentir par leur réunion , au lieu qu'auparavant ils étoient en pure perte pour nous : ainsi ce petit objet nous a plu$

paru rouge parce que de nouveaux rayons sont venus frapper nos yeux par le secours du microscope.

IL Nous avons examiné d'autres insectes qui se trouvent dans les feuilles d'ormeau dans lesquelles ils sont renfermés. Cette enveloppe a à peu près la figure d'une pomme. Ces insectes paroissent bleus aux yeux tet au microscope ; on les croit de couleur de corne travaillée ; ils ont six jambes, deux cornes, et une trompe à peu près semblable à celle d'un éléphant. Nous croyons qu'ils prennent leur nourriture par cette trompe , parce que nous n'avons remarqué aucune autre partie qui puisse leur servir à cet usage.

La plupart des insectes, au moins tous ceux que nous avons vus, ont six jambes, et deux cornes : ces cornes leur servent à se faire un chemin dans la terre , dans laquelle on les trouve.

III. Le 29 mai 17 18, nous fîmes quelques observations sur le gui. Nous pensions, que cette plante venoit de quelque semence qui , jetée par le vent , ou portée par les oiseaux sur ies arbres, s'attachoit à ces gommes qui se trouvent ordinairement sur ceux qui ont vieilli , surtout sur les fruitiers ; mais nous changeâmes bien de senti II ji'tjl jKir U ^uitc. Nuuj* lûiacs tl ahutt) lUoii* nés <lt* voir sur une inêiiK* hranriic d'urbre ( c*étoit un poirier) sortir plus de cent branches de

Digiti:,

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gyi , les unes plus grandes que les autres , de troncs différents , placés à différentes distances ; de manière que , si elles étoient venues de graines , il auroit fallu autant de graines qu'il y a de branches.

Ayant ensuite coupé une des branches de cet arbre, nous découvrîmes une chose à laquelle nous ne nous attendions pas : nous vîmes des vaisseaux considérables, verts comme le gui, qui, partant de la partie ligneuse du bois, alloient se rendre dans les endroits d'où sortoit chacune de ces branches; de manière qu'il étoit impossible de n'être pas convaincu que ces lignes vertes avoientété formées par un suc vicié de l'arbre, lequel , coulant ^e long des fibres, alloit faire un dépôt vers la superficie. Ceci s'aperçoit encore mieux lorsque l'arbre est en sève que dans l'hiver; et il y a des arbres où cela paroît plus manifestement que dans d'autres. Nous vîmes le mois passé, dans une branche de cormier, chargée de gui , de grandes et longues cavités : elles étoient profondes de plus de trois quarts de pouce, allant en s'élargissant du centre de la branche, d'où elles partoient comme d'un point, à la circonférence, où elles étoient larges de plus de quatre lignes. Ces vaisseaux triangulaires suivoient le long de la branche dans la profondeur que nous venons de marquer : ils étoient remplis d'un suc vert épaissi , dans lequel le couteau entroit facilement, quoique le bois fût d'une dureté infinie : ils alloient, avec beaucoup d'autres

m4 observations

plus petits , se rendre dans le lieu d'où sortoient les principales branches du gui. La grandeur de ces branches étoit toujours proportionnée à celle de ces conduits vqti'on peut considérer comme une petite rivière dans laquelle les fibrilles ligneuses, comme de petits ruisseaux, vont porter ce suc dépravé. Quelquefois ces canaux sont étendus entre l'écorce et le corps.ligneui, ce qui est conforme aux lois de la circulation des sucs dans les plantes. On sait qu'ils descendent toujours entre l'écorce et le bois , comme il est démontré par plusieurs expériences. Presque toujours au bout d'une branche garnie de rameaux de gui, il y a des branches de l'arbre avec les feuilles ; ce qui fait voir qu'il y a encore des fibres qui contiennent un suc bien conditionné. Nous avons quelquefois remarqué que la branche étoit près-que sèche dans l'endroit où étoit le gui , et qu'elle étoit très-verte dans le bout où étoient des branches de l'arbre; nouvelle preuve que le suc de l'une étoit vicié, et non pas celui de l'autre* Ainsi nous regardons ce gui , qui paroît aux yeux si vert et si sain, comme une production et une branche malade formée par des sucs de mauvaise qualité , et non pas comme une plante venue de graines, comme le sou tiennent nos modernes. Et nous remarquerons, en passant, que, de toutes les branches que nous en avons vues, nous n'en avons pas trouvé une seule sur les gommes et autres matières résineuses des arbres , sur les^ quelles l'on dit que les graines s'attachent; ou

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les trouve presque toujours sur les arbres .vieux et languissants , dans lesquels les sucs perdent toujours.

Les liqueurs se corrompent dans les végétaux, ou par le défaut des fibres ligneuses dans les* quelles elles circulent , ou bien les fibres ligneuses se codrrompent par la mauvaise qualité des liqueurs. Ces liqueurs, une fois^ corrompues, deviennent facilement visqueuses ; il suffit pour cela qu'elles perdent «ette volatilité que la chaleur du soleil , qui les fait monter, doit leur avoir donnée. On dira peut-être que ce suc qui entre daji$ la formation du gui , devroit avoir produit des branches plus approchantes des naturelles que celles du gui ne le sont; mais si l'on suppose rUn vice dans le suc, si on fait attention aux phénomènes miraculeux des entes, on n'aura pas de peine à concevoir la différence des deux espèces de branches.

Mais , ajoutera-t-on, le gui a des graines que la nature ne doit pas avoir produites en vain. Nous nous proposons de faire plusieurs expériences sur ces graines; et nous croyons qu'il est facile de découvrir si elles peuvent devenir fécondes ou non. Mais , quoi qu'il en soit, il ne nous paroi t point extraordinaire de trouver sur un arbre dans lequel on voit des sucs différents, des branches différentes ; et , les branches une fois supposées , il n'est pas plus difficile d'imaginer des graines dans les unes que dans les autres.

Ceci n'est qu'un essai des observations que Tome V. i5

aa« OBSERVATIONS

nous méditons de feire sur ce sujet : nous regarderons avec le microscope s'il y a de la différence entre la contexture des fibres du gui et celle des fibres de l'arbrt sur leqpel il irient; nous examinerons encore si elle-diange selon la différence des sujets dont on la tire. Nous croyons même que nos recherches pourront nous servir à découvrir l'ordre de la circulation du sue dans les plantes ; nous espéMns que ce suc , si aisé à dis* tinguer par sa couleur, nous en pourra montrer la route.

IV. Ayant fait ouvrir une grenouille, nous liâmes uiïe veine considérable , parallèle à une autre qui va du sternum an pubis, le long de la linea alba; et cette dernière tient le milieu entre ce vaisseau que nous liâmes, et un autre qui lut est opposé. On fit une incision à un doigt de la ligature : nous n'avons pas remarqué que le sang ait rétrogradé , comme M. Leidde dit l'avoir observé. Mais nous suspendons notre jugement jusqu'à ce que nous ayons pu réitérer notre observation.

Nous n'aperçûmes point de mouvement péristaltique dans les boyaux : nous vîmes seulement une fois un mouvement extraordinaire et comme convulsif qui les enfla , comme l'on enfle une vessie avec un souffle impétueux ; ce ^ui doit être attribué aux esprits animaux, qui, dans le déchirement de l'animal, furent portés irrégulièrement dans cette partie.

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Ayant ouvert nue autre greaouîlle, nous ne remarquâmes pas non plus de mouvement pé* ristaltique : mais nous regardâmes avec plaisir la trachée-artère et sa structure; nous Admirâmes ses valvules , dont la première est faite en formi» de spliincter; et l'autre, à peu près semblable, qui est au-dessOus^ est formée de deux cartilages qui s'approchent les uns des autres, et ferme encore plus exactement que la première , de manière que l'eau et les aUmeats ne sauroient passer dans les poumons. Il y a apparence que Les grenouilles doivent la voix rauque qu'elles ont à cette valvule , par les trémoussemetats qu'elle donne k l'ait qui y passe.

Nous ne trouvâmes au cœur qu'un ventricule; remarque qui nous servira à expliquer une observation dont nous parlerons dauA la suite de cet é<{rit.

y. Au mois de mai 1718, nous observâmes la mousse qui croit sur les chênes; nous en remarquâmes de plusieurs espèces^ La première ressemble à un arbre parfait , ayant une t^ , des branches et un tronc. Il jàooê arriva dans cette observation ce qui nous étoit arrivé dans une des précédentes,: nous fûmes d'abord portés à croire, avec les modernes, que cette mousse étoit une véritable plante produite par des semences volantes. Mais , par l'examen que aous fîmes , nous changeâmes encore de sentiment : nous trouvâmes qu'elle étoit composée de deux

saS OBSERVATIONS

Aortes de fibres qui forment deux substances différentes; une blanche 9 et l'autre rouge. Pour len bien distinguer, il faut mouiller le tronc et en couper une tranche : on y voit premièremeni une couronne extérieure , rouge , tirant sur le vert , et ensuite une autre couronne blanche , beaucoup plus épaisse , et au milieu un cercle rouge.

Ayant regardé au microscope la partie intérieure de Técorce sur laquelle vient cette mousse ^ nous la trouvâmes aussi composée de cette substance blanche et de cette substance rouge , quoique avec les yeux on n'y aperçoive guère €^e la partie rouge ; cela nous fit i)enser que cette mousse pouvoit n'être qu'une continuité de l'écorce; et comme la partie ligneuse de la brandie d'un arbre n'est qu'une continuité de la partie ligneuse du tronc y ainsi nous nous imaginâmes que cette mousse n'étoit aussi qu'une continuité » et, pour ainsi dire, qu'une branche de l'écorce. Pour nous en convaincre, ayant fait tremper cette mousse attachée à son écorce, afin que les fibres en fussent moins roides et moins cas- ^aiitm , no un fcrMiiincfi Ir Iffûnc de la mousii! ei lie IVMon<*ri» »iH*iN<* t*M I mmn ftJittlAmeii

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