‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 51 sur 129 · SUR L'HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

SUR L'HISTOIRE NATURELLE

qu'au bout des branches de la mousse : point de différence dans la contexture de ces deux corps ; mélange égal dans tous les deux de la. partie blanche et de la partie rouge , qui reçoivent et sont reçues l'une dans l'autre. Il n'est donc pa^ nécessaire d'avoir recours à de» graines pour faire naître cette mousse, ^omme font nos mor dernes, qui mettfent des graines partout, comme nous le dirons tout à l'heure. Comme cette mousr se n'est pas de la nature des aub^es , il ne faut jjifi' s'étonner sî elle vient sur les jeunes arbres comme sur les vieux : nous en avona vu^à de jeunes chênes qui n'avoient pas pluj» de, neuf ou dix ans, et qui croissoient très -heureusement; au contraire, elle est plus rare sur les arbres \ieux et malades.

Outre cette mousse, nous en avons remarqué sur les chênes de trois sortes , qui naissent toutes sur l'écorce extérieure, comme sur une espèce de fumier ; car l'écorce extérieure., sujette aux injures de l'air , ^e détruit et pourrit tous lies jours-, tandis que l'intérieure s^ renouvelle. Sur cette 'couche naît, i^ une mousse verte,, dont j'omets ici la descriptioai, parce que tout le monde la connoit :.a^ ma^^tftutre mousse qui ressemble à des feuilles du.méme arbre qui y seroient appliquées ; je n'en dirai rien ici de particulier ; 3*. enfin une mousse jaune, tirant sur Iç rouge, qui vient dans un, endroit plus maigre que les autres ; car on la trouve aussi sur le fer ^t sur les ardoises. Ayant fait tremper un mor-

a3o OBSERVATIONS

ceau d'ardoise dans l'eau , afin que la mousse 6*en séparât plus facilement , nous avons remarqué qu'elle ne tient pas partout à Tardoise y mais qu'elle y est attachée en plusieurs endroits par deâ pieds qui ressemblent parfaitement à des pieds de potiron , que nous y avons vus très-distinctement k plusieurs reprises.

Ces sortes de mousses viennent-elles de graines, ou non ? je n'en sais rien ; mais je ne suis pas plus étontié de leur production que de celle de ces forêts immenses et de ce nombre innombriAle de planites que Ton voit dans une miette de pain , ou un morceau de livre moisi , dans le microscope, leÉiqtielles je ne soupçonne pas être venues de graines.

Nous psons dire , quoiqu'on ait extrêmement éclairci dans ce siècle cette partie de la physique qui concerne la végétation des plantes , qu'elle est encore couverte de difficultés. Il est vrai que, quand ilos modernes nous disent que toutes les plàiîteS' qui ont été et qui naîtront à jamais , étoient contenues dans les premières graines , ils <Mit là une idée belle, grande, simple, et bien digne de la majesté de la nature. Il est vrai encore qu'on est porté »à croire cette opinion, par la facilité qu'elle donne à expliquer l'organisation et la végétation des plantes : elle est fondée sur une raison de commodité ; et , chez bien desgens , cette raison supplée à toutes les autres.

T^es partisans de ce Sentiment avoient espéré que les microscopes leur feroient voir dans les

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grained la forme de la plante qui en devoit n^tre ; mais jusqu'ici kurs recherches ont été vaines. Quoique nous ne soyons pas prévenus de cette opinion , nous avon/i cependant tenté , comme les autres, de découvrir cette ressetnblance , mais avec aussi peu de succès.

Pour pouvoir dire avec raison que tous les arbres qui devoicQt être produits àl'infini étoient contenus dans la première graine de chaque espèce que Dieu créa, il nous semble qu'il faudroit auparavant prouver que tous les arbres naissent de graines.

Si r.on met dans la terre un bâton vert, il poussera des racines et dos J^ranches , et deviendra un arbre parfait ; il portera des graines qui produiront des arbres à leur tour : ainsi , s'il est vrai qu'un arbre n^ soit que le développement d'une graine qui k produit, il faudra dire qu'une graine étoit comme cachée dan^ ce bâton de saule; ce que je ne.saurois m'imaginer.

On distingue la végétation des plantes de celle des pierres et des métaux; on dit que les plantes croissent par in^-susceptiou ; et les pierres par juxta-position; que les parties qui composent la forme des premières croissent par une addition de matière qui se £ait dans leurs fibres, qui, étant naturellement lâches et affaissées > se dressent à mesure que les sucs de la terre entrent dans leurs interstices.

C'est, dit-on, la raison pour laquelle chaque espèce d'arbre parvient à une certaine grandeur.

a3a OBSERVATIONS

et non pas au-dejà, parce que les fibres n*ont qu'une certaine extension , et ne sont pas capables d'en recevoir une plus grande. Nous avouons que nous ne concevons guère ceci. Quand on met un bâton vert dans la terre, il pousse des branches qui ne sont aussi qu'une extension des mêmes fibres , ainsi à l'infini , et on vient de la faire très-bornée. D'ailleurs cette extension de fibres à l'infini nous paroit une véritable chimère : il n'est point ici question de la divisibilité de la matière ; il ne s'agit que d'un certain ordre et d'un certain arrangement de fibres, qui, affaissées au commencement, deviennent à la fin plus roides, et qu'on croit devoir parvenir enfin à un certain degré , après lequel il faudra qu'elles se cassent : il n'y a rien de si borné que cela.

Nous osons donc le dire, et nous le disons sans rougir , quoique nous parlions devant des philosophes : nous croyons qu'il n'y a rien de si fortuit que la production des plantes ; que leur végétation ne diffère que de très-peu de celle des pierres et des métaux ; en un mot , que la plante la mieux organisée n'est qu'un effet simple et facile du mouvement général de la matière.

Nous sommes persuadés qu'il n'y a point tant de mystère que l'on s'imagine dans la forme des graines ; qu'elles ne sont pas plus propres et plus nécessaires à la production des arbres qu'aucune autre de leurs parties , et qu'elles le sont quelquefois moins; que, s'il y a quelques parties de plantes impropres à leur production , c'est que

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leur con texture est telle, qu'elle se corrompt facilement , se pourrissant ou se séchant aussitôt dans la terre , de manière qu'elles ne sont plus propres à recevoir les^ucs dans leurs fibriles , ce qui , à notre avis , est le seul usage des graines. ^ Ce que nous avons dit semble nous mettre en obligation d'expliquer tous les phénomènes de la végétation des plantes de la manière que nous les concevons : mais ce seroit le sujet d'une longue dissertation ; nous nous contenterons d'en donner une légère idée en raisonnant sur un cas particulier, qui est lorsqu'un morceau de saule pousse des branches , et par cette opération de la nature, qui est toujours une, nous jugerons de toutes les autres ; car, soit qu'une plante vienne de graines , de boutures , de provins, soit qu'elle jette des racines , des branches, des feuilles , des fleurs , des fruits , c'est toujours la même action de la nature; la variété est dans la fin , et la simplicité dans les moyens. Nous pensons que tout le mystère de la production des branches dans un bâton de saule consiste dans la lenteur avec laquelle les sucs de la terre montent dans ses fibres : lorsqu'ils sont parvenus au bout , ils s'arrêtent sur la superficie et commencent à se coaguler; mais ils ne sauroient boucher le pore du conduit par lequel ils ont monté , parce qu'avant qu'ils se soient coagulés , il s'en présente d'autres pour passer , lesquels sont plus en mouvement , et , en passant , redressent de tous côtés les parties demi-coagulées qui auroient pu faire

une obstruction , et les poussent sur les parois circulaires du conduit; ce qui Fallonge d'autant, et ainsi de suite : et comme cette même opération se fait en même temps dans les conduits voisins qui entourent celui-ci, on conçoit aisément qu'il doit y avoir un prolongement de toutes les fibres , et qu'ils doivent sortir en dehors par un progrès insensible. Nous le dirons encore , tout le mystère consiste dans la lenteur avec laquelle la nature agit : à mesure que le suc qui est parvenu à l'extrémité se coagule , un autre se présente pour passer.

Ceux qui feront bien attention à la manière dont reviennent les ailes des oiseaux lorsqu'elles ont été rognées , qui réfléchiront sur la célèbre expérience de M. Perrault, d'un lésard à qui on avoit coupé la queue , qui revint aussitôt après ; à ce calus qui vient dans les os cassés , qui n'est qu'un suc répandu par les deux bouts , qui les rejoint, et devient os lui-même, ne regarderont peut-être pas ceci comme une chose imaginaire.

Les sucs de la terre , que l'action des rayons du soleil fait fermenter, montent insensiblement jusqu'au bout de la plante. J'imagine que, dans les fermentations réitérées , il se fait comme un Hun ex reiitia^y^t^c^ ^ut^ «Iriii.s ctrs i^unduits lf)ngilui)iu^^^^B|ûBiatt: un bouiliotutement iutercadfi^^^^^^^V scfu'ii rextrémité de

rieur, est repoussé

l 'il'- nr.]}<;, avons dit,

I ^. de ces par-

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tks qui s'y coagulent, qui cependant ne font point d'obstruction^y parce qu'avant qu'ils se soient coagulés, une notiveile ébullition vient déboucher tous li^ pores. Et comne il y a ici deux actions: l'une, celle de la fermentutton,^ qui pousse au dehors ; l'autre , celle ''de l'air extérieur, qui résiste, il arrive qu'entre ces deux forces , les liqueurs pressées trouvent plus de fa* cilité à s'échapper par les cètés ; ce qui forme les conduits transversaux que l'on a observée dans les plantes , qui vont du centre à la circonférence , ou de la moelle jusqu'à l'éeorce , lesquels ne font que la route que le suc à pris en s'échappant.

On sait que ces co'hduits portent le suc entre le bois et l'écorce: Fécorce n'est autre chose qu'un tissu plus exposé à l'air que le corps ligneux , et par conséquent d'une nature différente; c'est pourquoi il s'en sépare. Or les sucs , arrivés par les conduits latérisiux entre Técorce et le corps ligneux , y doivent perdre beaucoup de leur mouvement et de leur ténuité ; i**. parce qu'ils sont infiniment plus au large qu'ils n'étoient ; a°. parce que , trouvant d'autres suc» qui ont déjà beaucoup perdu de leur miouvement, ils se mêlent avec eux: mais comme ils sont pressés par l'ébuUition des stics qui se trouvent dans les fibres longitudinales et transversales du corps ligneux , ne pouvant pas monter , ils sont obligés de descendre ; et ceci est conforme à bien des expériences qui prouvent que la sève, c'est-

à-dire , le suc le plus grossier , descend entre Técorce et le bois, après être montée par les fibr^ ligneuses. On voit par tout ceci que Taccroissement des plantes et la circulation de leurs sucs sont deux effets liés et nécessaires d'une même cause , je veux dire la fermentation.

Si Ton pousse plus loin ces idées , on verra qu'il ne faut uniquement pour la production d'une plante qu'un sujet propre à recevoir les sucs de la terre , et à les filtrer lorsqu'ils se présentent ; et toutes les fois que le suc convenable passera par des canaux asseft étroits et assez bien disposés, soit dans la terre, soit dans quelque autre corps, il se fera un corps ligneux, c'est-àdire, un suc coagulé, et qui s'est coagulé de manière qu'il s'y est formé en même temps des conduits pour de nouveaux sucs qui se sont présentés.

Ceux qui soutiennent que les plantes ne sauroient être produites par un concours fortuit , dépendant du mouvement général de la matière, parce qu'on en verroit naître de nouvelles, disent là une chose bien puérile; car ils font dépendre l'opinion qu'ils combattent d'une chose qu'ils ne savent pas , et qu'ils ne peuvent pas même savoir. Et, en effet, pour pouvoir avec raison dire ce qu'ils avancent , il faudroit nonseulement qu'ils connussent, plus exactement qu'un fleuriste ne connoît les fleurs de son par* terre, toutes les plantes qui sont aujourd'hui sur la terre, répandues dans toutes les forêts, mais

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aussi celles qui y ont été depuis le commencement du monde.

Nous nous proposons de faire quelques expériences qui nous mettront peut - être en état d'éclaircir cette matière; mais il nous faut plusieurs années pour les exécuter. Cependant c'est la seule voie qu'il'y ait pour réussir dans un sujet comme celui-ci; ce n'est point dans les méditations d'un cabinet qu'il faut chercher ses preu* \esj mais dans le sein de la nature même.

Nous finissons cet article par cette réflexion , que ceux qui suivent l'opinion que nous embrassons peuvent se vanter d'être cartésiens rigides, au lieu que ceux qui admettent une providence particulière de Dieu dans la production des plantes, différente du mouvement général de la matière , sont des cartésiens mitigés qui ont abandonné la règle de leur maître.

Ce grand système de Descartes, qu'on ne peut lire sans étonnement ; ce système , qui vaut lui seul tout ce que les auteurs profanes ont jamais écrit; ce système, qui soulage si fort la Providence , qui la fait agir avec tant de simplicité et tant de grandeur; ce système immortel, qui sera admiré dans tous les âges et toutes les révolutions de la philosophie , est un ouvrage à la perfection duquel tous ceux qui raisonnent doivent s'intéresser avec une espèce de jalousie. Mais passons à un autre sujet.

VL Depuis la célèbre dispute de Méry et de

Duveraey, que rAcadémie des Sciences de Paris n'osa juger, tout le monde connott le trou ovale et le conduit Botal; tout le monde sait que, le foetus ne respirant point dans le ventre de la mère , le sang ne peut passer de Tartère dans la veine du poumon : ainsi il n'auroit pu être porté du ventricule droit dans le ventricule gauche du cœur y si la nature n'y* avoit suppléé par ces deux conduits particuliers, qui se bouchent après la naissance, parce que le sang abandonne cette route pour en prendre une nouvelle. '4

Mais ces conduits ne s'effacent jamais dans la tortue , les canards , et autres animaux sembla* blés, parce, dit- on, qu'alors qu'ils sont sous l'eau, où ils ne respirent point, il faut nécessairement que le sang prenne une route différente de celles des poumons.

Nous fîmes mettre un canard sous l'eau pour voir combien de temps il pourroit vivre hors de l'air, et si la circulation qui se fait par ces conduits pouvoit suppléer à la circulation ordinaire ; nous remarquâmes une effusion perpétuelle de petites bulles qui sortoient de ses narines : cet animal perdant insensiblement tout l'air qu'il avoit dans ses poumons , sept minutes après nous le vîmes tomber en défaillance et mourir. Une oie que nous y mîmes le lendemain ne vécut que huit minutes. On voit que le trou ovale et le conduit BotcU ne servent point à donner à ces animaux la facilité d'aller sous l'eau, puisqu'ils ne l'ont point, et qu'ils ne font pas ce que le

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moindre plongeur peut faire; ils ne plongent même qu'à cause de la 'constitution naturelle de leurs plumes, que l'eau ne touche point immédiatement; et comme ils y trouvent des choses propres à leur nourriture, ils s'y accoutument autant de temps qu'on peut y être sans respirer, et y restent plus long-temps que les autres animaux , dont le gosier se remplit aussitôt qu'ils y sont enfoncés. Cela nous fit faire une réflexion, qui est qu'il y avoit de l'apparence que le sang des animaux aquatiques étoit plus froid que celui des autres : d'où on pouvoit conclure qu'il avoit moins de mouvement, et que par conséquent les parties en étoient plus grossières; k cause de quoi la nature pourront avoir conservé ces chemins pour y faire passer les parties du sang qui, n'ayant pas encore été préparées dans le ventricule gauche, n'auroient pas eu assez de mouvement pour monter dans la veine du poumon , ou assez de ténuité pour pénétrer dans la substance de ce viscère. C'est très-légèrement que nous donnons nos conjectures sur cette matière, parce que nous y sommes extrêmement neufs : si le? expériences que nous avons faites là-dessus avoient réussi , nous avancerions comme une vérité ce que nous ne proposons ici que comme un doute; mais nous n'avons que des observations manquées par le défaut des instruments. Nous attendons de petits thermomètres de cinq ou six pouces, avec lesquels nous les pourrons faire avec plus de succès : ceux qui font des ob-

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servations, ne pouvant se faire valoir de ce côtélà que par le mince mérite de Texactitude, doivent au moins y apporter le plus de soin qu'il est possible.

Nous fîmes prendre des grenouilles de terre , que nous jugeâmes, par le lieu où on les avoit trouvées, n'avoir jamais été sous Teau, et avoir toujours respiré : on les mit au fond de Teau près de deux fois vingt-quatre heures; et lorsqu'on les tira, elles n'en parurent point incommodées. Ceci ne laissa pas de nous surprendre : car, outre que nous avions lu le contraire chez des auteurs qui assurent que ces animaiix sont obligés de sortir de temps en temps de dessous l'eau pour respirer, nous trouvions cette observation si différente de la précédente, que nous ne savions que croire de l'usage du trou ovale et du conduit BotaL Enfin nous nous ressouvînmes que nous avions observé, plusieurs mois auparavant, que le cœur des grenouilles n'a qu'un ventricule, de manière que le sang va par le cœur de la veine cave dans l'aorte, sans passer par les poumons; ce qui fait que la respiration est inutile à ces animaux, quoiqu'ils meurent dans la machine pneumatique, dont la raison est qu'ils ont toujours besoin d'un peu d'air qui, par son ressort, entretienne la fluidité du sang : mais il en faut si peu, que celui qu'ils prennent dans l'eau ou par les aliments leur suffit.

VIL Oiî^sait que le froment, le seigle, et l'orge

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inêine>.ne viennent pas dans tous les pays, mais la nature y supplée par d'autres plantes : il y en a quelques-unes qui sont un poison mortel si on ne les prépare , comme la cassave , dont le jus est si dangereux. On fait, en quelques endroits de Norwège ou d'Allemagne, du pain avec une espèce de terre , dont le peuple se nourrit, qui se conserve quarante ans sans se gâter : quaild un paysan a pu parvenir à se faire du pain pour toute sa vie , sa fortune est faite ; il vit tranquille, et n'espère plus rien de la Providence. On n'auroit jamais fait, si Ton vouloit décrire tous les moyens divers que la nature emploie, et toutes les précautions qu'elle a prises pour subvenir à la vie des hommes. Comme nous habitons un climat heureux, et que, nous sommes du nombre de ceux qu'elle a le plus favorisés, nous jouissons de ses plus grandes faveurs sans nous soucier des moindres : nous négligeons et laissons périr, dans les bois, des plantes qui feroient une des grandes commodités de la vie chez bien des peuples. On s'imagine qiril n'y a que le blé qui soit destiné à la nourriture des hommes , et on ne considère les autres plantes que par rapport à leurs qualités médicinales : les doc^ teurs les trouvent émollientes , diurétiques , des- «iccatives ou astringentes ; ils les traitent toutes comme la manne qui nourissoit les Israélites , dont ils ont fait un purgatif; on leur donne une infinité de qualités qu'elles n'ont pas , et personne ne pense à la. vertu de nourrir qu'elles ont Tome V. 16

243 OBSERYATIOHS.

Le froment. Forge, le seigle, ont, comme les autres plantes , des années qui leur sont ferèsfarorables : il y en a on la disette de ces grains n^^t pas le senl malheur qui afflige les peuples; leur mauraise qualité est encore plus cruelle. Hous croyons que , dans ces années , si tristes pour les pauvres , et mille fois plus encore pour les riches , chez un peuple chrétien , on a mille moyens de suppléer à la rareté du blé ; qu'on a sous ses pieds , dans tous les bois , mille ressources contre la faim; et qu'on admirefoit la Providence, au lieu de l'accuser, si l'on connoissoit tous ses bienfaits.

Dans cette idée , nous avons conçu le dessein d'examiner les végétaux , les écorces , et une infinité de choses qu'on ne soupçonneroit pas par rapport à leur qualité nutritive. La vie des animaux qui ont le plus de rapports à l'homme seroit bien employée pour faire de pareilles expériences. Nous en avons commencé quelquesunes qiû nous ont réussi très-heureusement La brièveté du temps ne nous permet pas de les rapporter ici ; d'ailleurs nous voulons les joindre à un grand nombre d'autres que nous nous proposons de faire sur ce sujet Notre dessein est aussi d'examiner en quoi consiste la qualité nutritive des plantes : il n'est pas toujours vrai que celles qui viennent dans une terre grasse soient plus propres à nourrir que celles qui viennent dans un terrain maigre. Il y a dans le Quercy un pays qui ne produit que quelques brins d'une

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herbe très-courte , qui sort au t^av«ra des pierres dont il estcouvert; cette herbe estsi nourrissante, qu'une brebis y vit, pourvu que chaque jour «lie en puisse amasser autant qu'il en pourroit en** trer dans un dé à coiidre : au contraire, dans le Chili , les viandes y nourrissent si peu , qu'il faut absolument manger de trois en trois heures , comme si ce pays étoit tombé dans la malédiction dont Dieu menace son peuple dans les livres saints : yôt&ui au pain la farce de nourrir.

Je me.voia obligé de dire ici que le sieur Duval nous a beaucoup aidés dans ces observations , et que nous devons beaucoup a son exactitude. On jugera ^^ûçks doute qu'elles ne sont pas considérables ; mais on est assez heureux pour ne les estimer précisément que ce qu'elles valent.

C'estie fruit de l'oisiveté de la campagne. Ceci devoit mourir dans le même lieu qui l'a fait naître : mais ceux qui vivent dans une société ont des devoirs à remplir ; nous devons compte à la nôtre de nos moindres ^muse^ients. Il ne faut point chercher la réputation par ces sortes d'ouvrages, ils ne l'obtiennent ni ne la méritent; on profite des observations, mais on ne connolt pas l'observateur ; aussi de tous ceux 'qui sont utiles aux hommes , ce sont peut - être les seuls envers lesquels ont peut être ingrat sans injustice.

Il ne faut pas avoir beaucoup d'esprit pour avoir vu le Panthéon , le Colisée , des pyramides ; il n'en faut pas davantage pour voir un ciron

244 OBSERV. SUR rmST. NATURELLE, dans le microscope , ou une étoile par le moyeu des grandes lunettes : et c'est en cela que la physique est si admirable ; grands génies , esprits étroits , gens médiocres , tout y joue son personnage : celui qui ne saura pas faire un système comme Newton fera une observation avec laquelle il mettra à la torture ce grand philosophe ; cependant Newton sera toujours Newton , c'est-à-dire, le successeur de Descartes, et l'autre un homme commun , un vil artiste , qui a vu une fois, et n'a peut-être jamais pensé.

i*". L'insecte range , s'il eût été pris dans Teau, ëtoit un ^ monocle , ou puce d'eau.

2^. Les insectes qui se trouvent enfermes dans une enveloppe pomiforme sur les feuilles d'ormeau , sont des puce^ rons dans leur galle.

3®. Le gui vient de semence de son espèce ; il végète sur les plantes vivantes ou mortes , même sur des morceaux de terre cuite. Il ne faut à ces semences qu'un point d'appui.

4^. Ce qui concerne la grenouille a souffert quelques contradictions.

5^. Ce que Montesquieu dit sur les mousses est hypothétique.

( Notes communiquées par Valmont de Bomare. )

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