Tome V
,go LETTRES
LETTRE IIL
A M. DK MONCRIF, de rAcadëmie françoise '.
J'oVBLîAi d'avoir Fhonnaurde vou« dire, Monsieur, que, si le sieur Preau *, dan» l'édition de ce petit roman S alloit mettre quelque chose qui, directement ou indirectement, pût faire penser que j'en suis l'auteur, il me désobligeroit: beaucoup. Je suis, à Tégard des ouvrages qu'on m'a attribués, comme La Fontaine-Martel * étoit pour les ridicules ; on me les donne , mais je ne les prends point. Mille excuses. Monsieur, et faites-moi l'honneur de me croire. Monsieur, plus que je ne saurois vous dire , votre très* humble et très-obéissant serviteur.
Ce 26 avril 1738.
* Cette lettre » toute écrite âa la maio de Mepteiquîeu , est conservée dans Ashridge Collection / Mss. Francis- Henry Egerton.
^ Ce nom, qui est ainsi écrit, est le même que Prault, imprimaur^vlibraire.
^ Le Temple de Gnide.
4 Madame la comtesse de Fontaine-Martel, fille du président Desbordeaux.
FAMILIÈRES, agi
LE'TTKE IV.
A il. yABB^ VENUTî'y ,
J'ai i^eçu, Monsieur, la lettre que vohs m*ave2f fait rïiofinetir de m'écrire, avec beaucoup plus de joie que je n'àurois crû, parce que je ne savois ^as que M. l'abbé de Clérac, que j'honorois déjà beaucoup» fûtlefrèrëdeM.lechevafierVenuti *, avec qui j'ai eu le plaisir de contracter aùiitié à Florence, et qui m'a procuré l'honneur d'une
* Ce savant Italien , d'une femille de condition de Gortone , avoit été envoyé en France par le chapitre de Saint- Jean de Latran, comme vicaire -général de l'abbaye de Clérac , qpe Henri iv conféra j^ ce chapitre aprëç son absolution! Pendant nombre d'années qu'il séjourna en France, il travailla à plusieurs dissertations sur Thistoire du pays pour l'Académie de Bordeaux , à laquelle il fut agrégé , et à des poésies ; entre autres , au Triomphe de la France littéraire, et à la traduction du poëme de la Religion, de M. Racine. Il^n^érita par là une gratification du roi, en quittant la France pour passer I 1* prévôté de Liyourne , que l'empereur lui conféra comme grand-duc de Toscane.
• Il fut le premier qui nous donna une relation de la d#-^ couverte d'Herculanum , avec un détail des antiquités qu'on; avoit trouvées de son temps. 11 a eu aussi la plus grande' part à l'établissement de l'Académie étrusque de Cortone y qui nous a donné sept volumes in-quarto d'excellens Mé-r moires dur des sujets d'histoire at d'antiquité.
àgia - LETTRÉS
place dans rAcadémie de Cortone. Je vous supplie, Monsieur, d'avoir pour moi les mêmes bontés qu'a eues M. votre frère. M. Campagne m'a écrit le beau présent que vous lui aviez remis pour moi , dont je vous suis infiniment obligé: M. Baritaut m'avoit déjà fait lire une partie de cet ouvrage ; et ce qui m'a touché dans vos dissertations, c'est qu'on y voit un savant qui a de l'esprit : ce qui ne se trouve pas toujours.
Vous êtes cause, Monsieur, que l'Académie de Bordeaux me presse l'épée dans les reins pour obtenir un arrêt du conseil pour la création de vingt associés au lieu de vingt élèves. L'envie qu'elle a de vous avoir, et la difficulté d'autre part que toutes les places d'associés sont remplies , fait qu'elle désire de voir de nouvelles places créées. Les affaires de M. le cardinal de Polignaç , et d autres , font que cet arrêt n'est pas encore obtenu. J'écris à nos Messieurs que cela ne doit pas empêcher , et que vous méritez , si la porte est fermée , que l'on fasse une brèche pour vous faire entrer. J'espère , Monsieur , que l'année prochaine , si je vais en province , j'aurai l'honneur de vous voir à Clérac , et de vous inviter à venir à Bordeaux. Je chérirai tout ce qui pourra faire et augmenter notre connoissance. ï'ersonne n'est au monde plus que moi , et avec plus de respect , etc.
P. S. Quand vous écrirez à M. le chevalier Vénuti, ayez la bonté , Monsieur , de lui dire mille
FAMILIÈRES. apS
choses de ma part : ses belles qualités me sont encore présentes.
De Paris , le 17 mars i^Sg.
A M. r ABBÉ MARQUIS NICCOLINI,
A nX)RBNCE.
J'ai reçu , cher et illustre abbé * , avec une véritable joie , la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous êtes un de ces hommes que l'on n'oublie point , et qui frappez une cervelle de votre souvenir. Mon cœur, mon esprit, sont tout à vous , mon cher abbé.
Vous m'apprenez deux choses bien agréables : l'une , que nous verrons monseigneur Cérati en France ; l'aulre , que madame la marquise Ferronî se souvient encore de moi. Je vous prie de cimen* ter auprès de l'un et de l'autre cette amitié que je
* Uabbé marquis Niccolinî, un des plus illustre^ amis que l'auteur ait eus en Italie , se lia avec lui à Florence. Apres avoir demeure long-temps à Rome sous le pontificat du pape Gorsini , dont il étoit parent , il s'est retiré dans sa patrie, uniquement occupé des lettres, de la philosophie^ et des vues du bien public. Il a voyagé dans les pays étrangers , et y a été lié avec les plus grands hommes. Lorsque , sous le ministère lorrain , dont il étoit médiocre admirateur, il eut ordre de ne point rentrer en Toscane , Montesquieu s'écria , en apprenant cette nouvelle : « Oh ! il faut que mon )» ami Niccolinî ait dit quelque grande vérité » .
voudroi» taAt mériter. Une des choses dont je prétends me vanter, c'est que moi , habitant d'audelà des Alpes , ait été aussi enchanté d'elle ' que vous tous.
Je suis à Bordeaux depuis un mois , et j'y dois rester trois ou quatre mois encore. Je serois in* consolable si cela me faisoit perdre le plaisir de voir le cher Cérati. Si cela étoit , je prétendroi» bien qu'il vînt me voir à Bordeaux. Il verroit son ami ; mais il verroit mieux la France , où il n'y a que Paris et les provinces éloignées qui soient quelque chose , parce que Paris n'a pas pu encore les dévorer. Il feroit les deux côtés du carré , au lieu de faire la diagonale , et verroit les belles provinces qui sont voisines de l'Océan , et celles qui le sont de la Méditerranée.
Que dites- vous des Anglois? voyez comme ils couvrent toutes les mers. C'est une grande baleine , Et latum suh pectore possidet œquor. La reine d'Espagne a appris à l'Europe un grand secret : c'est que les Indes , qu'on croyoit attachées à l'Espagne par cent mille chaînes, ne tiennent qu'à un fil. Adieu , mon cher et illustre abbé ; accordez-moi les sentiments que j'ai pour vous. Je suis avec toute sorte de respect.
De Bordeaux, le 6 mars 174O'
' C'éloit la dame de Florence qui brilloit le phw par son esprit et sa beauië ; la meilleure compagnie s'assembloit chez elle. L'auteur lui fut fort attaché pendant son sëjour à Florence. A mon passage dans cette ville , elle vivoit en* corcy mais dans un état d'infirn^té.
FAMILIERES. d^S
A MONSEIGNEUR CÉRATÎ,