SECOND CHANT
dit : Il n'y a point dans mon empire de mortel qui me soit plus soumis que toi. Mais que Yeuxtu que je fasse? Je ne saurois te rendre plus anibureux, ni Thémire plus charmante. Ah! lui dis-je , grande déesse , j'ai mille grâces k vous de^ mander. : faites que Thémire ne pense qu'à moi ; qu'elle ne voie que moi ; qu'elle se réveille en songeant à moi; qu'elle craigne de me perdre quand je suis présent, qu'elle m'espère dans mon absence ; que , toujours charmée de me voir , elle regrette encore tous les moments qu'elle a passés sans moi.
Il y a à Gnide des jeux sacrée qui se renouvellent tous les ans : les femmes y viennent de toutes parts disputer le prix de la beauté. Là les bergères sont confondues avec les filles des rois; car la beauté seule y porte les marques de Tempire. Vénus y préside elle-même : elle décide sans balancer; elle sait bien quelle est la mortelle heureuse qu'elle a le plus favorisée.
Hélène remporta ce prix plusieurs fois : elle triompha lorsque Thésée l'eut ravie; elle triompha lorsqu'elle eut été enlevée par le fils de Priam; elle triompha enfin lorsque les dieux l'eurent rendue à Ménélas après dix ans d'espérance. Ainsi ce prince, au jugement de Vénus même , se vit aussi heureux époux que Thésée et Paris avoient été heureux amants.
Il vint trente filles de Corinthe, dont les cheveux tomboient à grosses boucles sur les épaules. Il en vint dix de Salamine , qui n'avoient encore vu que treize fois le cours du soleil. 11 en vint quinze de l'isle Lesbos; et elles se disoient l'une à l'autre : Je me sens toute émue; il n'y a rien de si charmant que- vous ; si Vénus vous voit des mêmes yeux que moi , elle vous couronnera au milieu de toutes les beautés de l'univers.
Il vint cinquante femmes de Milet. Rien n'approchoit de la blancheur de leur teint et de la
réfjularité de leurs traits : tout faisoit voir ou promettoit un beau corps; et les dieux qui les formèrent n*auroient rien fait de plus digne d'eux , s'ils n'a voient plus cherché à leur donner (les perfections que des grâces.
Il vint cent femmes de Tisle de Chypre. Nous avons, disoient-elles , passé notre'^eunesse dans le temple de Vénus;- nous lui avons consacré notre virginité et notre pudeur même. Nous ne rougissons point de nos charmes : nos manières, quelquefois hardies et toujours libres, doivent nous donner de l'avantage sur une pudeur qui s'alarme sans cesse.
Je vis les filles de la superbe Lacédémone, Leur robe étoit ouverte par les côtés, depuis la ceinture, de la manière la plus immodeste; et cependant elles faisoient les prudes, et soutenoient qu'elles ne violoient la pudeur que par amour pour la patrie.
Mer fameuse par tant de naufrages, vous savez conserver des dépôts précieux. Vous vous calmâtes lorsque le navire Argo porta la toison d'or sur votre plaine liquide; et, lorsque cinquante l>eautés sont parties de Colchosjet se sont confiées à vous, vous vous êtes courbée sous elles.
Je vis aussi Oriane , semblable aux déesses. Toutes les beautés de Lydie ei^touroient leur reine. Elle nvuil eiivnyé devant elle cent jeunes (îlles, qui avoicnî présenté à Vénus une offrande de deux cfî^nL» talentfi. Candaule étoit venu luiinéme , pluR ->ar son amour que par la
pourpre royale ; il passoit les jours et les nuits à dévorer de ses regards les charmes d'Oriàne ; ses yeuj( erroient sur son beau corps , et ses yeux ne se lassoient jamais. Hélas! disoit-il, je suis heureux ; mais c^est une chose qui n'est sue que de Yéous et de moi : mon bonheur seroit plus grand , s'il docfboit de l'envie. Belle reine , quittez ces vains ornements ; faites tomber cette toile importune ; montrez^vous à l'univers ; laissez le prix de la beauté , et demandez des autels.
Auprès de là étûient vingt Babyloniennes : elles avoient des robes de pourpre. brodées d'or; elles croyoient que leur luxe augmentoit leur prix. Il y en avoit qui portoient, pour preuve de leur beauté , les richesses qu'elle leur avoit 'fait acquérir.
Plus loin, je vis cent femmes d'Egypte, qui avoient les yeux et les cheveux noirs. Leurs maris étoient auprès d'elles; et ils disoient: Les lois nous soumettent à votis en l'honneur d'Isis; mais votre beauté a sur nous un empire plus fort que celui des lois : nous vous obéissons avec le même plaisir que l'on obéit aux dieux ; nous sommes les plus heureux esclaves de l'univers.
Le devoir vous répond de notre fidélité ; mais il n'y à que l'aihour qui puisse nous promettre la votre.
Soyez moins sensibles à la gloire que vous acquerrez à Gnide qu'aux hommages que vous pouvez trouver dans votre maison , auprès d'un mari tranquille , qui , pendant que vous vous
occupez des affaires du dehors, doit attendre , dans le sein de votre famille, le cœur que vous lui rapportez.
Il vint des femmes de cette ville puissante qui envoie se^ vaisseaux au bout de Tunivers : les ornements f^tiguQient leur tête superbe;, toutes les parties du monde seipbloient avoir contribué à leur parure. .
Dix beautés vinrent des lieux 011 commence le jour : elles étoient filles de Taurore; et, pour la voir, elles se levoient tous les jours avant elle.i Elles se plaignoient du soleil qui fai&oit disparoitre leur mère; elles se plaignoient de leur mère , qui ne se montroit à elles que comme au reste des mortels.
Je vis sous une tente une reine d'un peuple des Indes. Elje étoit entourée de ses filleS', qiti déjà faisoient espérer les charmes de leur mère : des eunuques la servoient, et leurs yeux regardoient la terre; car, depuis qu'ils avoient respiré Tair de Gnide , ils avoient senti redoubler leur affreuse mélancolie.
Les femmes de Cadix qui sont aux extrémités de la terre, disputèrent aussi le prix. Il ny a point de pays dans Tunivers où une belle ne reçoi,ye des hommages ; mais il n'y a que les plus l^rand» luniiinîiges tiui piiisnont apaiser l'ambi-
lioii d'une belle. # fiHes de C^
unirent ensuite. Belles t des grâces au lieu
Mi^llt
(le voyoit sur leur tète
8o LE TEMPLE DE GNIDE.
que les présents de Flore : mais ils y étoient plus dignes des embrassements deZéphyre. Leur robe n'a voit d'autre mérite que celui de marquer une taille charmante, et d'avoir été filée de leurs propres mains.
Parmi toutes ces beautés, on ne vit point la jeune Camille. Elle avoit dit : Je ne veux point disputer le prix de la beauté ; il me suffit que mon cher Aristée me trouve belle.
Diane rendoit ces jeux célèbres par sa présence. Elle n'y venoit point disputer le prix ; car les déesses ne se comparent point aux mortelles. Je la vis seule, elle étoit belle comme Vénus : je la vis auprès de Vénus , elle n'étoit plus que Diane.
Il n'y eut jamais uti si grand spectacle : les peuples étoient séparés des peuples ; les yeux erroient de pays en pays , depuis le couchant jusqu'à l'aurore : il sembloit que Gnide fût tout l'univers.
Les dieux ont partagé la beauté entre les nations , comme la nature la partage entre les déesses. Là on voyoit la beauté fière de Pallas , ici la grandeur et la majesté de Junon , plus loin la simplicité de Diane , la délicatesse de Thétis , le charme des Grâces , et quelquefois le sourire de Vénus.
Il sembloit que chaque peuple eût une manijère particulière d'exprimer sa pudeur , et que toutes ces femmes voulussent se jouer des yeux : les unes découvroient la gorge, et cachoient
TBOlSIEMï CtLAlTT leim épanke^ : lei^ antr» montrotco" ies et couvroirail la jruiy : ccIac» on. vo bcaenrl le pied vont payoten* par c «itres mes : et là on rongittoit de cse qi *ic ol bÂeiiséaDce.
lies dknxx «oot «i iJiaiimjh de Themirt . tpfià*' ne Im Te^:ardent jain^ coi^ amuift ik tcar «mh vnt^. De tout» le«> di'i'Tr . il t:\ y oir A'eno» qui la ^cne w^tic plaisir, et gue iob dieis ik ladilent point d^nn peu de jaluuBie.
CoanBe <«d remargae tiue roae au miitet dcK flmis €pà uatuiipiit dans nieciie. au distiurufr Tbémîre de tant de lielks £U» s enrent pai- tt tatnps detre ses rrraleK : «Ile» fui'cut -rMMurum ai'ant 6e la czaindic Xk» qu elk- pamt . "^em» ne legiaida qu'elle. £Ue appela le» Grâce» Aller laoooranner. leurdil-eUe : de toute» éf» îfeauie» que je va», cieBt la «euk mii ^voi» retAeniun