LETTRE^ XXXIV
A MONSEIGNEUR CERATI.
J'ai trouTé, en passant à la campa^e, MM. de Sainte^Palaye, qui m'ont parié de monseignetir Cerati : je les ai perpétuellement interrogés sur monseigneur Cerati. Quelque chose me -déplaisoit , c'étoit de n'être point à Rome avec le grand homme dont ils me parloient Ils m'ont dit que vous vous portiez bien ; j'en rends grâces à l'air de Rome , et je m'en félicite avec tous vos amis.
M. de Buffon vient de publier trois volumes, qui seront suivi de douze autres : les trois premiers contiennent des idées générales ; les douze autres contiendront une description des curiosités du Jardin du roi. M. de Buffon a parmi les savants de ce pays-ci un très-grand nombre d'ennemis ; et la voix prépondérante des savants emportera, à ce que je crois , la balance pour bien du temps. Pour moi, qui y trouve de belles choses, j'attendrai avec tranquillité et modestie la décision de» savants étrangers; je n'ai pourtant vu personne à qui je n'aie entendu dire qu'il y avoit beaucoup d'utilité à le lire.
M. de Maupertuis, qui a cru toute sa vie et qui peut-être a prouvé qu'il n'étoit point heureux, vient de publier un écrit sur le bonheur. C'est louvrage d'un homme d'esprit; on y trouve du
FAMILIÈRES, 35i
raisonnement et des grâces. Quant à mon liyre de V Esprit des Lois y j'entends quelques frelons qui bourdonnent autour de moi; mais si les abeilles y cueillent un peu de miel, cela me suffit ; ce que vous m'en dites me fait un plaisir infini ; il est bien agréable d'être approuvé des personnes que l'on aime. Agréez , je vous prie , Monseigneur, mes sentimens les plus respectueux.
De Paris, le ii novembre 1749.