A LONDRES
J'avois déjà appris par milord Albemarle, mon cher comte, que vous ne vous étiez point noyé en traversant de Calais à Douvres, et la bonne réception qu'on vous a faite à Londres. Vous serez toujours plus content de vos liaisons avec le ducdeRichmond, milord Chesterfield, et milord Grenville. Je suis sûr que, de leur côté, ils chercheront de vous avoir le plus qu'ils pourront. Parlez-leur beaucoup de moi : mais je n'exige point que vous tostiez si souvent quand vous dînerez chez le duc de Riclimond. Dites à milord Chesterfield que rien ne me jBatte tant que son approbation ; mais que, puisqu'il me lit pour la troisième fois , il ne sera que plus en état de me dire ce qu'il y a à corrig;er et à rectifier dans mon ouvrage ; rien ne m'instruiroit mieux que ses observations et sa critique.
Vous devez être bien glorieux d'avoir été lu par le roi , et qu'il ait approuvé ce que vous avez dit sur l'Angleterre. Moi, je ne suis pas sûr de si hauts suffrages ; et les rois seront peut-être les
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derniers qui me liront ; peut-être même ne me tiront-ils point du tout. Je «rais cependant qu'il en est un dans le monde qui m'a lu; et M. de Mau<» pertuis m'a mandé qu'il avôit trouvé des choses où il n'étoit pas de mon avis. Je lui ai répondu que je parierois bien que je mettrois le doigt sur ces choses. Je vous dirai aussi que le duc de Savoie a commencé une seconde lecture de mon livre. Je suis très*flatté de tout ce que vous me dites de l'approbation des Anglois ; et je me flatte que le traducteur de V Esprit des Lois^ me rendra aussi-bien que le traducteur des Lettres persanes. Vous avez bien fait, mal^é le conseil de mademoiselle Pitt, de rendre les lettres de recommandation de milord Bath.Vous n'avez que faire d'entrer dans les querelles du parti : on sait bien qu'un étranger n'en prend aucun , et voit tout le monde. Je ne -suis point surpris des amitié» que vous recevez de ceux que vous avez connu» à Paris, et suis sûr que plus vous resterez à Londres, plus vous en recevrez : mais j'espère que les amitiés des Anglois ne vous feront point négliger vos amis de France , à la tête desquels vous savez que je suis. Pour vous faire bien recevoir à votre retour , j'aurai soin de faire voir l'article de votre lettre où vous dites qu'en Angleterre les hommes sont plus hommes, et les fermes moins femmes qu'ailleurs. Puisque le prince de Galles me fait l'honneur de se souvenir de moi, je vous prie de me mettre à ses pieds. Je vous embrassç.
De Pwis , le 12 mars i75q. Tome V- aS
J^ETTRE XXXVII.
A M. UABBÉ-VENDTI,