‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 93 sur 129 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

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avez les seutiments d'un homme qui Vanroit déjà faite. Les belles choses que vous me dites de M. le comte de i^irmÂati ' ne sont point entièrement nouvelles pour moi. Il est de votre devoir de me procurer llionneur de sa connoissance ; et c'est à vous à y travailler, sans quoi vous avez très-mal fait de me dire de si belles choses. Je ne me souviens point d'avoir connu à Rome le P. Contucci * • Le seul jésuite que je voyols étoit le P. Vitri , qui venoit souvent dîner chez le cardinal de Polignac ; c'étoit un homme fort important ' , qui faisoit des médailles antiques et des articles de foi*-

J'ai droit de m*attendre , mon cher ami , que vous m'écriviez bientôt une lettre datée d'Herculéc, où je vous vois parcourant déjà tous l^s souterrains. On "nous en dit beaucoup *de choses : celles que vous m'en direz , je les regarderai

' Alors ministre impérial à Naples, et actuellement ministre plénipotentiaire des états de Lombardie à Milan , admirateur des ouvrages de Montesquieu , et ami des gens de lettres de tous les pays.

* Bibliothécaire du eoUége romain^ et garde du cabinet des antiquités que le P. Kircher laissa à ce collège.

^ Ce jésuite avoit à Rome beaucoup de part dans les affaires de la constitution Unigenitus , et brocantoit des médailles. On connoissoit son projet d'un nouveau Sainte Augustin, pour l'opposer à V Augustin de Jansénius : ses principes là-dessus étoient tels , que les paradoxes du përe Hardouin n'eussent fait que blanchir, et le pélagianisme se seroit renouvelé dans toute son étendue.

FAMILIÈRES 4ô3f

comine éés relations d'un auteur grave ; ne crai-^ gnez point de me rebute^ par leâ détails.

Je suis de votre avis sur les qûerelte^ de Malte ■/ que l'on traite dé Turc à Maure;: t'est cependant Tordre peut-être le plus respectable qu'il y ait dans l'univers , et celui qui contribue le plus à entretenir l'Iionneur ^ la bravoure dans toutes les nations où il est répandu. Vous êtes bien hardi de m'adrcsser votre révérend capucin ; ne craignez-vous pas que je ne lui fasse lire la lettre persane sur les capucins ?

Je serai au tiaois d'août à la Brède., O rus ,^ quando te aspicèam ! Je ne suis plus fait pour ce pays-ci , ou bien il faut renoncer à être citoyen. Yous devriez bien revenir par la France méri* dionale : vous trouverez votre ancien laboratoire^ et vous me donnerez de nouvelles idées sur mes bois et mes prairies. La grande étendue de mes landes * vous offre de quoi exercer votre zèle pour l'agriculture; d'ailleurs j'espère que vous n'ou-

' Il s'étoit alors ékvë une dispute entre la cour de Naples et Tordre de Mahe an sujet des droite de la monarchie de Sicile , qu'on prétendait s'étendre sur cette lie.

^ Il gagna un procès contre la ville de Bordeaux , ^t lui porta onze cents arpents de kndes incultes , oh il se mit à faire des plantations de bois et des métairies , Tagriculture faisant sa principale occupation dans les moments de relâche, n avoit fait présent de cent arpents de ces terres incultes à son ami , pour qu'il pût exécuter librement ses projets d'agriculture ; mais son départ et ses engagements ailleurs ont fait rester ce terrain en friche.

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bliez point que vous êtes proJ)riétairc décent arpents (le ces landes, où vous pourrez remuer la terre , planter et semer tant que vous voudrez. Adieu ; je vous embrasse de tout mon cœur.

De Paris, le 9 avril 1754.

LETTRE LVL

AU MÊME

Mon cher abbé , vous devez avoir reçu la lettre que je vous ai écrite à Naples, et celle que j*adressai depuis à Rome. Je ne sais plus en quel endroit de la terre vous êtes ; mais comme une de vos lettres, du i3 août 1754? cgt datée de Bologne , et m'annonce votre prochain retour à Paris, j'adresse celle-ci à Turin che^ votre ami le marquis de fiaroL

Je commence par vous remercier de votre souvenir pour le vin de Roche-Maùrin , vous assurant que je ferai avec la plus grande attention la commission de milord Pembroke. C'est à mes amis, et surtout à vous, qui en valez dix autres, que je dois la réputation où s^est mis mon vin dans l'Europe depuis trois ou quatre ans : à l'é* gard de l'argent, c'est une chose dont je ne suis jamais pressé, Dieu merci. Vous ne me dites point si milord Pembroke ,• qui vous parle de mon vin, se souvient de ma personne : je l'ai quitté , il y a deux ans, plein d'estime et d'admiration pour

FAMILIERES. 4o5

îses belles qualités. Vous ne me parlez point de M. de Gloire, qui étoit avec lui, et qui est un bomme de très-grand mérite, très-éclairé, et que je voudrois fort revoir. Je voudrois bien que vos affaires vous permissent de passer de Turin à Bordeaux. Vous qui voyez tout, pourquoi ne voudriez-vous point voir vos amis , et la Brède toute prête à vous recevoir avec. des io? Mais peut-être vous verrai^je à Paris, où vous ne devez point cbercher d'autre logement que chez moi, d'autant plus que la dame Boyer, votre anciennne hôtesse, n'est plus : dès que je vous saurai arrivé^ je hâterai mon départ.

Ce que vous a dit le pape de la lettre * de

' Sa Sainteté lui àVoit dit avoir entre ses mains une lettre par laquelle ce monarque promettoit à Clément xi de faire rétracter son clergé de la délibération touchant les quatre propositions du clergé de France , de 1682 f que cette lettre lui avoit tenu, si fort à cœur, que , pour la tirer des mains du cardinal Annibal Albani , camerlingue , qui faisoit difficulté de la livrer , il avoit été obligé de lui accorder , non sans quelque scrupule , disoit-il , certaines dispenses que ce cardinal exigeoit.

Le cardinal de Polignac a conté à quelqu'un une anecdote qui a rapport à ceci , et qui est digne d'être rapportée. Le P. Le Tellier alla un jour le trouver , et lui dit que , le roi étant déterminé de faire soutenir dans toute la France l'infaillibilité , il prioit S. E. d'y donner la main. A quoi le cardinal répondit : u Mon père , si vous entreprenez une » pareille chose , vous ferez mourir le roi bientôt >». Ce qui fit suspendre les démarches et les intrigues du confesseur à ce sujet.

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Louis XIV à devient xi est uae anecdote assez cu^ riau^. Xe coafessaujfT n'eut pas sans doute plus de 4ifEcult4 d'eagager W roi à promettre qu'il feroit ?élra^ter les quatre propositions du clergé , qu'il n'eoi eu t à Caire promettre que sa bujle seroi t reçue sans contradiction : mais les Fois ne peuvent pas tenir tout ce qu'ils promettent, parce qu'ils promettent quelquefois sur la foi de ceux qui les coiiseilleut suivant leurs intérêts. Adieu, inon fiher CQi^te ; je yous salue et embrasse mille fois.

De la Brëde , le 3 novembre 1 754*

LETTRE LVir.

A MONSEIGNEUR CÉRATL

f9 £ commence par vous embrasser bras dessus et bras dessous. J'ai l'honneur de vous présenter M. de La Condamine , de l'Académie des sciences de Paris. Vous connoissez sa célébrité : il vaut mieux que vous Gonnoissie3& sa personne ; et je vous le présente , parce que vous êtes toute l'Italie pour mioi. Souvene?^ - vous , je vous prie , de celui qui vous aime , vous honore et vous estime plus que personne dans le monde.

De Bordeaux, le premier j^mbre 1754*

LETTRE EVIIL > M. L'ABBÉ MARQUIS mCQOLWt .

Permj:ttez , mon cher abbé , qiie j,e me rappelle à votre amitié ; je vous recommande 3VL de La Condamine. Je ne vous dirai riea, $inon qu'il est de mes amis : sa grande célébrité vous dira d'autres clxoses , et sa présence dira le resie. Mon cher abbé, je vous aimerai jusqu'à la i^orL

De Bordeaux, le premier décembre 1754*

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