LETTRE LIX
A M. UA&BÉ &E GUASCO
iSoYEZ le bien venu , mon cher eonrte ; je ne doute pas que ma concierge n'ait fait bien échauffer votre lit. Fatigué comme vous deviez l'être , d'avoir couru la poste jovr et nuit , et d^ courses faites à Fontainebleau,, vous aviez besoin de ces petits soins pour vous remettre. Vous, ne devez point partir de ma chambre ni dePa«s que je n'arrive , à moins que vous ne vouliez venir à Paris pour me dire que je ne vous verrai pas. Je vois que vous allez en Flandre. Je voadrois bien que vous eussiez d'assez bonnes raisons de rester avec nous, outre celle de l'amitié ; mais je vois
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qu'il ne faudra bientôt plus à nos prélats pour coopérateurs que des Doyenart '. Eussiez - vous cru que ce laquais , métamorphosé en prêtre fanatique , conservant les sentiments de son premier état , parvint à obtenir une dignité dans un chapitre ? J'aurai bien des choses à vous dire , ai je vous trouve à Paris , comme je l'espère ; car vous ne brûlerez pas un ami qui abandonne ses foyers pour vous courir, dès qu'il sai^.où vous prendre.
Je suis fort aise que S. A. R. monseigneur le due de Savoie agrée la dédicace de votre traduction
' Pierre Doyenart fut laquais du fils de Montesquieu , pendant qu'il étoit au collëge de Louis -le -Grand. Ayant appris un peu de latin , il se sentit appelé à l'état ecclésiastique , et, par l'intercession d'une dame , il obtint de l'évéque de Baïonne , dont il étoit diocésain, la permission d'en prendre l'habit. Devenu prêtre et bénéficier dans l'église , il vint à Paris demander à Montesquieu sa protection auprès du comte de Maurepas , pour avoir un meilleur bénéfice qui vaquoit , le priant , à cet effet , de se charger d'une requête pour le ministre. Elle débutoit par ces mots : Pierre Doyenart, prêtre du diocèse de Baïonne, ci'-'detfcmt ent" ployé par/eu M, tévéque à découvrir les complots des jafv^ sénistes, ces perfides qui ne connaissent ni pape, ni roi, etc. Montesquieu, ayant lu ce début , plia la requête , la rendit au suppliant , et lui dit : « Allez , monsieur, la présenter M vous-même; elle vous fera honneur et aura plus d'effet; M mais auparavant passez d^ns ma cuisine , pour déjeuner n avec mes valets »^ Ce que M. Doyenart n'oublioit jamais de faire dans les visites fréquentes qu'il faisoit à son ancien maître. Il parvint , quelques temps après , à la dignité de trésorier dans un chapitre d'une cathédrale en Bretagne.
italienne , et très-flatfé que mon ouvrage paroisse en Italie sous de si grands auspices. J'ai achevé de lire cette traduction, et j'ai trouvé partout mes pensées rendues aussi clairement que fidèlement. Votre épître dédicatoire est aussi trèsbien ; mais je ne suis pas assez fort dans la langue italienne pour juger de la diction.
Je trouve le projet et le plan de votre Traité sur les Statues ' intéressant et beau , et je suis bien curieux de^ voir. Adieu.
De la Brëde ^ le a décembre 1 754*