LETTRE LX- AU MÊME
Dans l'incertitude où je suis que vous m'attendiez, je vous écrirai encore une lettre avant de partir. Vous êtes chanoine de Tournay, et moi je fais des prairies. J'aurois besoin de cinquante livres de graines de trèfle de Flandre , que l'on
' Cet ouvrage, qui n'ëtolt alors que commence, a été continué ; mais les incommodités survenues à Fauteur Tont empêché , pendant quelques années , d'y donner la dernière main.
J'apprends cependant qu'il vient d'être terminé , et qu'il ne reste plus que d'être copié , pour être mis en état d'être imprimé. Quelques chapitres qui ont été lus par des savants en font hien juger, et souhaiter d'avoir l'ouvrage en entier* On dit qu'on y trouve autant de philosophie que d'érudition.
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pourroit m'envoyer par Dunkerque à Bordeaux. Jevôuspriedoncclechargerquelqu'unclevosaïuis à Tournay de me faire cette commission, et je vous paierai comme un gentilhomme , ou , pour mieux dire, comme un marchand, et quand vous viendrez à la Brède , vous verrez votre trèfle dans toute sa gloire. Considérez que mes prés sont de votre création : ce sont dès enfants à qui vous devez continuer Téducation. Je com^pte que vous aurez vu nos amis , et que vovs leur aurez un peu parlé de moi. Je vous verrai certainement bientôt : mais cela lie doit point vous empêcher de faire des histoires du prétendant à mademoiselle Bétty ' ; vous n'en serez que mieux soigné. Je vous marquerai par une lettre particulière le jour de mon arrivée, que je ne sais point; et quand je ne vous écrirois pas , en cas que j'apparusse devant vous sans vous avoir prévenu , vous aurez bientôt transporté votre pelisse , votre bréviaire et vos médailles dans l'appartement de mon fils. Quand vous verrez madame Dupré de Saint- Maur, demandez -lui si elle a reçu une lettre de moi. Présentez-lui , je vous prie , mes respects , et à M. Trudaine , notre respectable ami. L'^abbé , encore une fois , attendez-moi.
Puisque vous êtes d'avis que j'écrive à M. l'auditeur Bertolini , je vous adresse la lettre pour la
* Irlandoîse , concierge de la maison qu'il tenoit à Paris , fort zélée pour le prétendant.
FAMILIERES. 4ii
lui faire tenir. Je vous embrasse de tout mon cœur.
De la Brëde, le 5 dëcembre 1754*
LETTRE LXL A M. L'AUDITEUR BERTOLINI,