ESSAI SUR
que dans Ja peinture nous aimons mieux un paysage que le plan du plus beau jardin du monde; c’est que üeirtsre ns prend 1? az&ire que là où elle est belle, jà où ia vue se peut porter au loin et dans toute son étendue, là où elle est variée, là où elle peut être vue avec plaisir.
Ce qui fait ordinairement une grande pensée, c’est lorsqu’on dit une chose qui en fait voir un grand nombre d’autres, et qu’on nous fait découvrir tout d’un coup ce que nous ne pouvions espérer qu’après une grande lecture.
Florus nous représente en peu de paroles toutes les fautes d’Annibal ; « Lorsqu’il pouvait, dit-il, se servir de la victoire, il aima mieux en jouir : cum Victoria posset uti, frui maluit. »
Il nous donne une idée de toute la guerre de Macédoine , quand il dit : « Ce fut vaincre que d’y entrer : introisse Victoria fuit. »
Il nous donne tout le spectacle de la vie de Scipion , quand il.dit de sa jeunesse : « C’est le Scipion , qui croît pour la destruction de l’Afrique : hic erit Scipio qui in exitium Africæ crescit . » Vous croyez voir un enfant qui croît et s’élève comme un géant.
Enfin il nous fait voir le grand caractère d’Annibal, la situation de l’univers, et toute la grandeur du peuple romain, lorsqu’il dit : « Annibal fugitif cherchait au peuple romain un ennemi par tout l’univers : qui , profugus ex Africa , hostem populo romano toto orbe quærebat. »