‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1040 sur 1159 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Père Cerati, vous êtes mon bienfaiteur; vous êtes comme Orphée : vous faites suivre les rochers. Je mande à l’abbé Duval» que je n’entends pas qu’il abuse de l’honnêteté de M. Fouquet, mais qu’il poursuive, et que ce qui reviendra soit partagé à l’amiable entre monseigneur et lui.

Enfin Rome est délivrée de la basse tyrannie de Bénévent, et les rênes du pontificat ne sont plus tenues par ces viles mains. Tous ces faquins , Sainte- Marie à leur tête, sont retournés, dans les chaumières où ils sont nés, entretenir leurs parents de leur ancienne insolence. Coscia n’aura plus pour lui que son argent et sa goutte. On pendra tous les Bénéventins qui ont volé, afin que la prophétie s’accomplisse sur Bénévent : Vox in Rama audita est ; Racket plorans Jilios suos noluit consolari , quia non suni. (Matt. ii, 18.)

1 Ce qui avait donné lieu à cette mauvaise plaisanterie des Anglais était de voir autant d’empressement dans le cardinal de Rohan à se procurer tous les amusements imaginables pendant qu’il résidait dans son diocèse à Saverne , où il figurait comme prince , que de zèle pour la religion à Paris , où il se piquait de figurer comme chef des antijansénistes et défenseur de la bonne doctrine.

2 II avait été secrétaire de Montesquieu. Ce fut lui qui porta le manuscrit des Lettres Persanes en Hollande , et l’y fit imprimer; ce qui coûta à leur auteur beaucoup de frais sans aucun profit. Il obtint en sa faveur la résignation du bénéfice que M. Fouquet avait obtenu de la cour de Rome, en Bretagne ; et il s’agissait ici de l’argent ou de la pension que M. Duval devait payer à ce prélat.

LETTRES

Donnez-nous un pape qui ait un glaive comme saint Paul , non pas un rosaire comme saint Dominique, ou une besace comme saint François. Sortez de votre léthargie : Exoriare aliquis. N’avez-vous point de honte de nous montrer cette vieille chaire de saint Pierre avec le dos rompu, et pleine de vermoulure? Voulez-vous qu’on regarde votre coffre, où sont tant de richesses spirituelles, comme une boîte d’orviétan ou de mithridate? En vérité, vous faites un bel usage de votre infaillibilité : vous vous en servez pour prouver que le livre de Quesnel ne vaut rien, et vous ne vouscn servez pas pour décider que les prétentions de l’empereur sur Parme et Plaisance sont mauvaises. Votre triple couronne ressemble à cette couronne de laurier que mettait César, pour empêcher qu’on ne vît qu’il était chauve. Mes adorations à M. le cardinal de Polignac. Je fus reçu il y a trois jours membre de la société royale de Londres. On y parla d’une lettre de M. Thomas Dliisam à son frère, qui demandait le sentiment delà société sur les découvertes astromoniques de M. Bianchini. Embrassez, s’il vous plaît, de ma part, l’abbé, le cher abbé Niccolini. Je vous salue, cher père, de tout mon cœur.

De Londres, le Ier mars 1730.

Page 1