A L’ABBÉ DE GUASCO
L’abbé Venuti m’a fait part , mon cher abbé , de l’affliction que vous a causée la mort de votre ami le prince Cantemir, et du projet que vous avezformé de faire un voyage dans nos provinces méridionales pour rétablir votre santé. Vous trouverez partout des amis pour remplacer celui que vous avez perdu ; mais la Russie ne remplacera pas si aisément un ambassadeur du mérite du prince Cantemir. Or je me joins à l’abbé Venuti pour vous presser d’exécuter votre projet : l’air, les raisins , le vin des bords de la Garonne , et l’humeur des Gascons , sont d’excellents antidotes contre la mélancolie. Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de la Brède , où vous trouverez un château , gothique à la vérité , mais orné de dehors charmants, dont j’ai pris l’idée en Angleterre. Comme vous avez du goût, je vous consulterai sur les choses que j’entends ajouter à ce qui est déjàfait ; mais je vous consulterai surtout sur mon grand ouvrage x, qui avance à pas de géant depuis que je ne suis plus dissipé par les dîners et les soupers de Paris. Mon estomac s’en trouve aussi mieux ; et j’espère que la sobriété avec laquelle vous vivrez chez moi sera le meilleur spécifique contre vos incommodités. Je vous attends donc cet automne, très-empressé de vous embrasser.
De Bordeaux, le Ier août 1744
1 L’Esprit des Lois.
LETTRES