‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1052 sur 1159 · A L’ABBÉ DE GUASCO · texte numérisé non relu

A L’ABBÉ DE GUASCO

A Clérac.

Vous avez bien deviné , et depuis trois jours j’ai fait l’ouvrage de trois mois ; de sorte que , si vous êtes ici au mois d’avril , je pourrai vous donner la commission dont vous voulez bien vous charger pour la Hollande, suivant le plan que nous avons fait. Je sais à cette heure tout ce que j’ai à faire. De trente points je vous en donnerai vingt-six : or, pendant que vous travaillerez de votre côté, je vous enverrai les quatre autres. Le P. Desmolets m’a dit qu’il avait trouvé un libraire pour votre manuscrit des Satires 2, mais que personne ne veut de votre savante dissertation , parce qu’on est sûr du débit de ce qui porte le nom de satires , et très-peu des dissertations savantes. Votre censeur est mort ; mais je m’en console , puisque l’auteur est encore en vie. Vous avez bien tort de me reprocher de ne pas vous écrire des nouvelles , vous qui ne m’avez rien dit sur le mariage de mademoiselle Mimi3 4, ni sur mes vendanges de Clérac, qui ne seront sûrement pas si bonnes qu’elles l’auraient été par la consommation de raisins que vous avez faite dans mes vignes. On ne croit pas que les affaires de mylord Morthon 4 soient aussi mauvaises qu’on l’a cru dans le public, aigri par la guerre

1 L'Esprit des Lois.

2 L’abbé de Guasco a traduit en français les Satires russes du prince Cantemir, ambassadeur de 'Russie à la cour de France.

3 C’était le nom de mademoiselle de Montesquieu.

4 Ce seigneur, étant venu à Paris durant la guerre , avait été mis à la Bastille.

contre les Anglais. Le P. Desmolets n’a point eu de tracasseries dans sa congrégation , d’autant plus qu’il ne porte point de perruque 2 ; mais il dit que vous lui donnez trop de commissions. Je vous donne la devise du porc-épic, Cominus eminus. Le P. Desmolets dit que vous avez plus d’affaires que

si vous alliez faire la conquête de la Provence :

remarquez que c’est le P. Desmolets qui dit cela. Pendant que vous serez à Clérac, prenez bien garde à trois choses : à vos yeux, aux galanteries de M. de la Mire, et aux citations de saint Augustin dans vos disputes de controverse. J’envie à madame de Montesquieu le plaisir qu’elle aura de vous revoir. Adieu ; je vous embrasse.

De Paris, . . . 1746.

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