‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1058 sur 1159 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

J’ai parlé à M. de Boze : il m’a renvoyé assez rudement et assez maussadement, et m’a dit qu’il ne se mêlait pas de ces choses-là; qu’il fallait s’adresser à M. Fréret 1 et à M. le comte de Maurepas que c’était la chimère de ceux qui avaient gagné un prix de croire qu’on les recevrait d’abord à l’Académie. Je ne sais pas s’il n’aurait pas quelque autre en vue. Je parlai le même jour à M. Duclos, qui me paraît d’assez bonne volonté; mais c’est un des derniers. Or vous ne pouvez avoir M. de Maurepas que par la duchesse d’ Aiguillon , votre muse 1 favorite. Vous savez que je suis brouillé avec M. Fréret; vous ferez donc bien d’écrire à madame d’ Aiguillon : si je le lui propose, il est sûr et très-sûr qu’elle n’en fera rien ; mais , si vous écrivez , elle m’en parlera : et je lui dirai des choses qui pourront l’engager. Si vous gagnez encore un prix , cela aplanira les difficultés. Le P. Desmolets m’a dit que vous travailliez : moi je travaille de mon coté ; mais mon travail s’appesantit.

Le chevalier Caldwell m’a écrit que vous étiez tenté d’aller avec lui en Égypte; je lui ai mandé que c’était pour aller voir vos confrères les momies. Son aventure 3 de Toulouse est bien risible ;

1 Alors secrétaire perpétuel de l’Académie.

2 C’est à elle qu’il avait dédié la traduction des Satires russes du prince Cantemir, sous le nom de Mad . . . . , parce qu’elle était fort liée avec le prince Cantemir, et que c’est à sa réquisition que l’on avait fait la traduction française de ses satires.

3 Le chevalier Caldwell, Irlandais, s’étant arrêté à Toulouse,

LETTRES

H paraît que dans cette vilîe-Ià on est aussi fanatique en fait de politique qu’en fait de religion.

Faites, je vous prie, mes respectueux compliments à M. le premier président Bon 1 : la première chose physique que j’aie vue en ma vie c’est un écrit sur les araignées, fait par lui. Je l’ai toujours regardé comme un des plus savants personnages de France; il m’a toujours donné de l’émulation quand j’ai vu qu’il joignait tant de connaissances de son métier avec tant de lumières sur le métier des autres : remerciez-le bien des bontés qu’il me fait l’honneur de me marquer.

J’ai eu aussi l’honneur de connaître M. le Rain2 à la Rochelle, où j’étais allé voir M. le comte de Matignon. Je vous prie de vouloir bien lui rafraîchir la mémoire de mon respect. On dit ici qu’il a chassé les ennemis de Provence par ses bonnes dispositions économiques , et que nous lui devons l’huile de Provence. Votre lettre de change n’est point encore arrivée, mais un avis seulement. Vous voyez bien que vous êtes vif, et que vous avez envoyé M. Jude à perte d’haleine pour une chose qu’il pouvait faire avec toute sa gravité. Adieu; je vous embrasse de tout mon cœur.

De Paris, le Ier mars 1747.

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