A DUCLOS
La lettre, monsieur mon illustre confrère, que vous m’avez écrite en réponse au sujet de l’abbé de Guasco, est si obligeante 1 , que je ne peux m’empêcher de vous en faire un remercîment. J’ai une grande envie de vous revoir; mais Helvétius et Saurin vous reverront plus tôt que moi. J’ai pourtant, depuis quelques jours, brisé bien des chaînes qui me retenaient ici. Les soirées de l’hôtel de Brancas reviennent toujours à ma pensée, et ces soupers qui n’en avaient pas le titre, et où nous nous crevions. Dites, je vous prie, à madame de Rochefort , et à monsieur et madame de Forcalquier, d’avoir quelques bontés pour un homme qui les adore. Vous devriez bien me procurer quelques-unes de ces badineries charmantes de M. de Forcalquier, que nous voyions quelquefois à Paris, et qui sortaient de son esprit comme un éclair. Je suis devenu bien sage depuis que je ne vous ai vu : je ne fais et ne ferai absolument rien; et j’ai pris mon parti de n’avoir plus d’esprit à moi , et de me livrer entièrement à l’agrément de celui des autres. Ne dois-je pas désirer de commencer par M. de Forcalquier ? Adieu, mon très-cher confrère; agréez, je vous prie, mes sentiments pleins d’estime, etc.
De Bordeaux, le 15 août 1748.