AU MÊME
Je suis bien charmé de la conversation que vous avez eue; je ne crains jamais rien là où vous êtes : M. de Fontenelle a toujours eu cette qualité bien excellente pour un homme tel que lui ; il loue les autres sans peine...
Donc, si j’avais fait Y Esprit des Lois, j’aurais acquis l’estime de mon cher chevalier; il m’en aimerait davantage: pourquoi donc ne pas faire Y Esprit des Lois? J’ai toute ma vie désiré de lui plaire; c’est pour cela que je lui ai donné une permission générale de faire les honneurs de mon imbécillité. Je vois que l’auteur de cet ouvrage doit prendre son parti , et consentir à perdre l’estime de M. Daube. Votre lettre, mon cher chevalier, est une lettre charmante ; j e croyais , en la lisant , vous entendre parler. Je suis bien aise que madame de Mirepoix aille en Angleterre; elle y sera adorée; et, j’en suis bien sûr, elle peut plaire même à ceux qui ne se soucient pas qu’on leur plaise. Je vous avertis que, lorsque le duc de Richemond sera à Paris, vous devez être de ses amis ; il a tant de bonnes qualités , qu’il est nécessaire que vous l’aimiez; et je vous dis la raison qui fait qu’il est nécessaire qu’on vous aime. Adieu , mon cher chevalier ; je vous aimerai et vous respecterai jusqu’à la fin de mes jours.
Bordeaux, ce 27 janvier 1749.