A M®* LA MARQUISE DU DEFFAND
Je vous avais promis, madame, de vous écrire: mais que vous manderai-je dont vous puissiez vous soucier? Je vous offre tous les regrets que j’ai de ne plus vous voir. A présent que je n’ai que des objets tristes, je m’occupe à lire des romans ; quand je serai plus heureux , je lirai de vieilles chroniques pour tempérer les biens et les maux : mais je sens qu’il n’y a pas de lectures qui puissent remplacer un quart d’heure de ces soupers qui faisaient mes délices. Je vous prie de parler de moi à madame du Châtel. J’apprends que les requêtes du palais n’ont
lit d’un écrit qui a pour titre Lysimaque : il était accompagné de la lettre suivante , adressée au secrétaire de la société. On y verra quelle était la raison qui engageait Montesquieu à préférer à tout autre sujet celui qu’il traite dans cet ouvrage.
LETTRES
pas été favorables à madame de Stainville; diteslui combien je sais sensible à tout ce qui la touche , et cette personne charmante, qui n’aura jamais de rivale aux yeux de personne que madame sa mère. Parlez aussi de moi à ce président qui me touche comme les Grâces et m’instruit comme Machiavel , qui ne se soucie point de moi , parce qu’il se soucie de tout le monde, et dont j’espère toujours d’acquérir l’estime, sans jamais pouvoir espérer les sentiments. Je n’aurais jamais fini , si je voulais suivre cette phrase; mais c’est assez le désobliger pour le mal que je lui veux.
Je n’entends ici parler que de vignes, de misère et de procès , et je suis heureusement assez sot pour m’accuser de tout cela , c’est-à-dire pour m’y intéresser. Mais je ne songe pas que je vous ennuie à la mort , et que la chose du monde qui vous fait le plus de mal, c’est l’ennui; et je ne dois pas vous tuer, comme font les Italiens, par une lettre.
Je vous supplie, madame , d’agréer mon respect.
De la Brède, 15 juin 175 1.