‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1118 sur 1159 · A L’ABBÉ DE GUASCO · texte numérisé non relu

A L’ABBÉ DE GUASCO

Mon cher abbé , vous devez avoir reçu la lettre que je vous ai écrite à Naples, et celle que j’adressai depuis à Rome. Je ne sais plus en quel endroit de la terre vous êtes ; mais comme une de vos lettres du 13 août 1754 est datée de Bologne, et m’annonce votre prochain retour à Paris, j’adresse celle-ci à Turin, chez votre ami le marquis de Barol.

Je commence par vous remercier de votre souvenir pour le vin de Roche-Maurin , vous assurant que je ferai avec la plus grande attention la commission de mylord Pembrock. C’est à mes amis, et surtout à vous, qui en valez dix autres, que je dois la réputation où s’est mis mon vin dans l’Europe depuis trois ou quatre ans : à l’égard de I’ar-

LETTRES

gent, c’esl une chose dont je ne suis jamais pressé, Dieu merci. Vous ne me dites point si milord Pembrock , qui vous parle de mon vin , se souvient de ma personne : je l’ai quitté il y a deux ans plein d’estime et d’admiration pour ses belles qualités. Vous ne me parlez point de M. de Cloire, qui était avec lui , et qui est un homme d’un très-grand mérite, très-éclairé, et que je voudrais fort revoir. Je voudrais bien que vos affaires vous permissent de passer de Turin à Bordeaux. Vous qui voyez tout, pourquoi ne voudriez-vous point voir vos amis, et la Brède, toute prête à vous recevoir avec des fo? Mais peut-être vous verrai-je à Paris , où vous ne devez point chercher d’autre logement que chez moi , d’autant plus que la dame Boyer, votre ancienne hôtesse, n’est plus : dès que je vous saurai arrivé, je hâterai mon départ.

Ce que vous a dit le pape de la lettre 1 de Louis XIV à Clément XI est une anecdote assez curieuse. Le confesseur n’eut pas sans doute plus de difficulté d’engager.le roi à promettre qu’il ferait rétracter les quatre propositions du clergé , qu’il en eut à faire promettre que sa bulle serait reçue sans contradiction; mais les rois ne peuvent pas tenir tout ce qu’ils promettent, parce qu’ils promettent quelquefois sur la foi de ceux qui les conseillent suivant leurs intérêts. Adieu, mon cher comte; je vous salue et embrasse mille fois.

De la Brède, le 3 novembre 1754.

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