‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 1117 sur 1159 · AU PRÉSIDENT HÉNAULT · texte numérisé non relu

AU PRÉSIDENT HÉNAULT

Je voudrais bien , monsieur mon illustre confrère, donner trois ou quatre livres de Y Esprit des Lois pour savoir écrire une lettre comme la votre; et pour vos sentiments d’estime , je vous en rends bien d’admiration. Vous donnez la vie à mon âme, qui est languissante et morte , et qui ne sait plus que se reposer. Avoir pu vous amuser à Compiègne , c’est pour moi la vraie gloire. Mon cher président , • permettez-moi de vous aimer, permettez-moi de me souvenir des charmes de votre société , comme on se souvient des lieux que l’on a vus dans sa jeunesse, et dont on dit : J’étais heureux alors ! Vous faites des lectures sérieuses à la cour, et la cour ne perd rien de vos agréments ; et moi qui n’ai rien à faire, je ne puis me résoudre à faire quelque chose. J’ai toujours senti cela : moins on travaille, moins on a de force pour travailler. Vous êtes dans le pays des changements ; ici , autour de nous , tout est immobile. La marine, les affaires étrangères, les finances i tout nous semble la même chose : il est vrai que nous n’avons point une grande finesse dans le tact. J’apprends que nous avons eu à Bordeaux plusieurs conseillers au parlement de Paris, qui, depuis le rappel , sont venus admirer les beautés de notre ville; outre qu’une ville où l’on n’est point exilé est plus belle qu’une autre. Mon cher président, je vous aimerai toute ma vie.

De la Brède , le 1 1 août 1754.

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