‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 147 sur 1159 · ROXANE A USBEK · texte numérisé non relu

ROXANE A USBEK

A Paris.

L’horreur, la nuit et l’épouvante régnent dans le sérail; un deuil affreux l’environne; un tigre y exerce à chaque instant toute sa rage. Il a mis dans les supplices deux eunuques blancs qui n’ont avoué que leur innocence ; il a vendu une partie de nos esclaves , et nous a obligées de changer entre nous celles qui nous restaient. Zachi etZélis ont reçu dans leur chambre, dans l’obscurité de la nuit, un traitement indigne; le sacrilège n’a pas craint de porter sur elles ses viles mains. Il nous tient enfermées chacune dans notre appartement; et quoique nous y soyons seules, i 1 nous y fait vivre sous le voile. Il ne nous est plus permis de nous parler; ce serait un crime de nous écrire : nous n’avons plus rien de libre que les pleurs.

Une troupe de nouveaux eunuques est entrée dans le sérail, où ils nous assiègent nuit et jour; notre sommeil est sans cessé interrompu par leurs méfiances feintes ou véritables. Ce qui me console, c’est que tout ceci ne durera pas longtemps , et que ces peines finiront avec ma vie. Elle ne sera pas longue , cruel Usbek ! je ne te donnerai pas le temps de faire éesser tous ces outrages.

Du sérail d’Ispahan , le 2 de la lune de Maharram , 1720.

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