CHAPITRE VU
Si les Espagnols , après la conquête du Mexique et du Pérou, avaient suivi ce plan, ils n’auraient pas été obligés de tout détruire pour tout conserver.
C’est la folie des conquérants de vouloir donner à tous les peuples leurs lois et leurs coutumes : cela n’est bon à rien ; car dans toute sorte de gouvernement on est capable d’obéir.
Mais Rome n’imposant aucunes lois générales , les peuples n’avaient point entre eux de liaisons dangereuses : ils ne faisaient un corps que par une obéissance commune; et, sans être compatriotes, ils étaient tous Romains.
On objectera peut-être que les empires fondés sur les lois des fiefs n’ont jamais été durables ni puissants. Mais il n’y a rien au monde de si contradictoire que le plan des Romains et celui des barbares; et, pour n’en dire qu’un mot, le premier était l’ouvrage de la force, l’autre de la faiblesse; dans l’un, la sujétion était extrême; dans l’autre, l’indépendance. Dans les pays conquis par les nations germaniques , le pouvoir était dans la main des vassaux ; le droit seulement , dans la main du prince : c’était tout le contraire chez les Romains.