‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 192 sur 1159 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Des empereurs depuis Caïus Caligula jusqu’à Antonin.

Caligula succéda à Tibère. On disait de lui qu’il n’y avait jamais eu un meilleur esclave ni un plus méchant maître; ces deux choses sont assez liées : car la même disposition d’esprit qui fait qu’on a été vivement frappé de la puissance illimitée de celui qui commande , fait qu’on ne l’est pas moins lorsque l’on vient à commander soi-même.

Caligula rétablit les comices 2 , que Tibère avait ôtés, et abolit ce crime arbitraire de lèse-majesté qu’il avait établi; par où l’on peut juger que le commencement du règne des mauvais princes est souvent comme la fin de celui des bons ; parce que , par un esprit de contradiction sur la conduite de ceux à qui ils succèdent, ils peuvent faire ce que les autres font par vertu ; et c’est à cet esprit de contradiction que nous devons bien de bons règlements, et bien de mauvais aussi.

Qu’y gagna-t-on ? Caligula ôta les accusations , les crimes de lèse-majesté ; mais il faisait mourir militairement tous ceux qui lui déplaisaient ; et ce n’était pas à quelques sénateurs qu’il en voulait,

1 Voyez Tacite.

2 II les ôta dans la suite.

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