‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 235 sur 1159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Comment on supplée à la vertu dans le gouvernement monarchique.

Je me hâte et je marche à grands pas, afin qu’on ne croie pas que je fasse une satire du gouvernement monarchique. Non : s’il manque d’un ressort , il en a un autre. L 'honneur , c’est-à-dire le préjugé de chaque personne et de chaque condition,

r Je parle ici de la vertu publique , qui est la vertu morale, dans le sens qu’elle se dirige au bien général ; fort peu des vertus morales particulières , et point du tout de cette vertu qui a du rapport aux vérités révélées. On verra bien ceci au liv. Y, ch. II. <

2 Entendez ceci dans le sens de la note précédente.

3 « Il ne faut pas, y est-il dit, se servir de gens de bas lieu : ils sont trop austères et trop difficiles. »— Voici les propres paroles du prétendu testament; c’est au chap. iv : « On peut dire hardiment que , de deux personnes dont le mérite est égal celle qui est la plus aisée en ses affaires est préférable à l’autre, étant certain qu’il faut qu’un pauvre magistrat ait l’âme d’une trempe bien forte, si elle ne se laisse quelquefois amollir par la considération de ses propres intérêts. Aussi l’expérience nous apprend que les riches sont moins sujets à concession que les autres, et que la pauvreté contraint un pauvre ofücier à être fort soigneux du revenu de son sac. » (Volt.)

DE LESPKIT DES LOIS

prend la place de la vertu politique dont j'ai parlé, et la représente partout. Il y peut inspirer les plus belles actions; il peut, joint à la force des lois, conduire au but du gouvernement , comme la vertu même.

Ainsi , dans les monarchies bien réglées , tout le monde sera à peu près bon citoyen, et on trouvera rarement quelqu’un qui soit homme de bien ; car, pour être homme de bien 1 , il faut avoir intention de l'être, et aimer l’État moins pour soi que pour lui-même.

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