CHAPITRE VIL
Du principe de la monarchie.
Le gouvernement monarchique suppose, comme nous avons ^it, des prééminences, des rangs, et même une noblesse d’origine. La nature de l’honneur est de demander des préférences et des distinctions 2 : il est donc , par la chose même , placé dans ce gouvernement.
L’ambition est pernicieuse dans une république 3 : elle a de bons effets dans la monarchie ; elle donne la vie à ce gouvernement ; et on y a cet avantage qu’elle n'y est pas dangereuse, par ce qu’elle y peut être sans cesse réprimée.
Vous diriez qu'il en est comme du système de l’univers, où il y a une force qui éloigne sans cesse du centre tous les corps , et une force de pesanteur qui les y ramène. L’honneur fait mouvoir toutes les parties du corps politique, il les lie par son action même, et il se trouve que chacun va au bien commun , croyant aller à ses intérêts particuliers.
Il est vrai que, philosophiquement parlant, c’est un honneur faux qui conduit toutes les parties de l’État; mais cet honneur faux est aussi utile au public que le vrai le serait aux particuliers qui pourraient l’avoir.
Et n’est-ce pas beaucoup d'obliger les hommes à faire toutes les actions difficiles et qui demandent de la force , sans autre récompense que le bruit de ces actions ?
r Ce mot homme de bien ne s’entend ici que dans un sens politique.
2 Ces préférences , ces distinctions, ces honneurs , cet honneur, étaient dans la république romaine tout autant pour le moins que dans les débris de cette république , qui forment aujourd’hui tant de royaumes. La préture, le consulat, les haches , les faisceaux , ie triomphe , valaient bien des rubans de toutes couleurs. (Volt.)
3 Elle l’est partout; partout elle tend aux privilèges exclusifs. Dans la démocratie, elle tend directement à sa dissolution ; dans la monarchie, à sa corruption. (H.)