‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 295 sur 1159 · LL VUE VI, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LL VUE VI, CHAPITRE XVI

on verra bien que les Romains avaient suivi cet esprit que j’ai dit être naturel à la république.

Sylla, qui confondit la tyrannie, l’anarchie et la liberté, Lit les lois Cornéliennes. Il, sembla ne faire des règlements que pour établir des crimes. Ainsi, qualifiant une infinité d’actions du nom de meurtre, il trouva partout des meurtriers; et, par une pratique qui ne fut que trop suivie, il tendit des pièges, sema des épines, ouvrit des abîmes sur le chemin de tous les citoyens.

Presque toutes les lois de Sylla ne portaient que l’interdiction de l’eau et du feu. César y ajouta la confiscation des biens 1 , parce que les riches gardant dans l’exil leur patrimoine, ils étaient plus hardis à commettre des crimes.

Les empereurs ayant établi un gouvernement militaire, ils sentirent bientôt qu’il n’était pas moins terrible contre eux que contre les sujets; ils cherchèrent à le tempérer : ils crurent avoir besoin des dignités, et du respect qu’on avait pour elles.

On s’approcha un peu de la monarchie , et l’on divisa les peines en trois classes2 : celles qui regardaient les premières personnes de l’État3 4, et qui étaient assez douces ; celles qu’on infligeait aux personnes d’un rang inférieur 4, et qui étaient plus sévères ; enfin celles qui ne concernaient que les conditions basses 5, et qui furent les plus rigoureuses. Le féroce et insensé Maximin irrita , pour ainsi dire , le gouvernement militaire, qu’il aurait fallu adoucir. Le sénat apprenait , dit Capitolin 6 7 , que les uns avaient été mis en croix, les autres exposés aux bêtes, ou enfermés dans des peaux de bêtes , récemment tuées, sans aucun égard pour les dignités. Il semblait vouloir exercer la discipline militaire, sur le modèle de laquelle il prétendait régler les affaires civiles.

On trouvera, dans les Considérations sur la grandeur des Romains et leur décadence 7, comment Constantin changea le despotisme militaire en un despotisme militaire et civil , et s’approcha de la monarchie. On y peut suivre les diverses révolutions de cet État , et voir comment on y passa de la rigueur à l’indolence , et de l’indolence à l’impunité.

1 Pœnas facinorum auxit, cum locupletes eo facilius scelere se obligarent, quod integris patrimoniis , exularent. (Suétone, in Julio Cœsare.)

2 Voyez la loi 3, § Legis , ad leg. Cornel. de Sicariis; et un très-grand nombre d’autres , au Digeste et au Code.

3 Sublimiores.

4 Medios.

I Infimos. Leg. 3, § Legis ad leg. Cornel. de Sicariis.

® Jül. Cap. Maximini duo. (M.)

7 Chap. xvu.

Page 1