‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 322 sur 1159 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la corruption du principe de la démocratie.

Le principe de la démocratie se corrompt, nonseulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême , et que chacun veut être égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. Pour lors le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, et dépouiller tous les juges.

Il ne peut plus y avoir de vertu dans la république. Le peuple veut faire les fonctions des magistrats : on ne les respecte donc plus. Les délibérations du sénat n’ont plus de poids : on n’a donc plus d’égards pour les sénateurs, et par conséquent pour les vieillards. Que si l’on n’a pas du respect pour les vieillards, on n’en aura pas non plus pour les pères : les maris ne méritent pas plus de déférence, ni les maîtres plus de soumission. Tout le monde parviendra à aimer ce libertinage : la gêne du commandement fatiguera, comme celle de l’obéissance. Les femmes , les enfants , les esclaves, n’auront de soumission pour personne. Il n’y aura plus de mœurs , plus d’amour de l’ordre , enfin plus de vertu.

1 Voyage de Guinée, seconde partie, pag. 165 de la traduction , sur le royaume d’Angona, sur la côte d’Or.

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