CHAPITRE III
De l’esprit d’égalité extrême.
Autant que le ciel est éloigné de la terre , autant le véritable esprit d’égalité l’est-il de l’esprit d’égalité extrême. Le premier ne consiste point à faire en sorte que tout le monde commande ou que personne ne soit commandé, mais à obéir et à commander à ses égaux. Il ne cherche pas à n’avoir point de maîtres , mais à n’avoir que ses égaux pour maîtres.
Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité; mais ils n’y sauraient rester. La société la leur fait perdre , et ils ne redeviennent égaux que par les lois.
Telle est la différence entre la démocratie réglée et celle qui ne l’est pas , que , dans la première , on n’est égal que comme citoyen, et que, dans l’autre, on est encore égal comme magistrat, comme sénateur, comme juge, comme père, comme mari , comme maître.
La place naturelle de la vertu est auprès de la liberté; mais elle ne se trouve pas plus auprès de la liberté extrême qu’auprès de la servitude.
1 Voyez Plutarque, dans les Vies de Timolèon et de Dion.
2 C’est celui des six cents dont parle Diodore.
3 Ayant chassé les tyrans, ils tirent citoyens des étrangers et des soldats mercenaires ; ce qui causa des guerres civiles. (Aristote , Polit, liv. V, chap. ni.) Le peuple ayant été cause de la victoire sur les Athéniens, la république fut changée. [Ibid. chap. iv.) La passion de deux magistrats, dont l’un enleva à l’autre un jeune garçon, et celui-ci lui débaucha sa femme, lit changer la forme de cette république. (Ibid. liv. V, chap. iv.)