‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 386 sur 1159 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comment, dans l’état florissant de la république, Rome perdit tout à coup sa liberté.

Dans le feu des disputes entre les patriciens et les plébéiens , ceux-ci demandèrent que l’on donnât des lois fixes , afin que les jugements ne fussent plus l’effet d’une volonté capricieuse ou d’un pouvoir arbitraire. Après bien des résistances, le sénat y acquiesça. Pour composer ces lois, on nomma des décemvirs. On crut qu’on devait leur accorder un grand pouvoir, parce qu’ils avaient à donner des lois à des partis qui étaient presque incompatibles. On suspendit la nomination dé tous les magistrats; et, dans les comices, ils furent élus seuls administrateurs de la république. Ils se trouvèrent revêtus de la puissance consulaire et de la puissance tribunitienne. L’une leur donnait le droit d’assembler le sénat; l’autre, ceiui d’assembler le peuple : mais ils ne convoquèrent ni le sénat ni le peuple. Dix hommes dans la république eurent seuls toute la puissance législative, toute la puissance exécutrice, toute la puissance des jugements. Rome se vit soumise à une tyrannie aussi cruelle que celle de Tarquin. Quand Tarquin exerçait ses vexations, Rome était indignée du pouvoir qu’il avait usurpé; quand les décemvirs exercèrent les leurs, elle fut étonnée du pouvoir qu’elle avait donné.

1 Denys d’Halicarnasse , liv. VII.

2 Contre l’ancien usage, comme on le voit dans Denys crHalicarnasse , liv. V, pag. 320.

3 Liv. VI, pag. 410 et 41 1.

4 Liv. IX , pag. 605. •

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