LIVRE XI, CHAPITRE XVII
Mais quel était ce système de tyrannie , produit par des gens qui n’avaient obtenu le pouvoir politique et militaire que par la connaissance des affaires civiles , et qui , dans les circonstances de ces temps-là, avaient besoin au dedans de la lâcheté des citoyens pour qu’ils se laissassent gouverner, et de leur courage au dehors pour les défendre?
Le spectacle de la mort de Virginie, immolée par son père à la pudeur et à la liberté, fit évanouir la puissance des décemvirs. Chacun se trouva libre, parce que chacun fut offensé; tout le monde devint citoyen , parce que tout le monde se trouva père. Le sénat et le peuple rentrèrent dans une liberté qui avait été confiée à des tyrans ridicules.
Le peuple romain, plus qu’un autre, s’émouvait par les spectacles : celui du corps sanglant de Lucrèce fit finir la royauté; le débiteur qui parut sur la place couvert de plaies fit changer la forme de la république; la vue de Virginie fit chasser les décemvirs. Pour faire condamner Manlius , il fallut ôter au peuple la vue du Capitole ; la robe sanglante de César remit Rome dans la servitude.