LIVRE XII, CHAPITRE IV
Les lois criminelles n’ont pas été perfectionnées tout d’un coup. Dans les lieux mêmes où l’on a le plus cherché la liberté, on ne l’a pas toujours trouvée. Aristote 1 nous dit qu’à Cumes les parents de l’accusateur pouvaient être témoins. Sous les rois de Rome, la loi était si imparfaite que Servius Tullius prononça la sentence contre les enfants d’Ancus Martius , accusé d’avoir assassiné le roi son beaupère 2. Sous les premiers rois des Francs, Clotaire lit une loi 3 4 pour qu’un accusé ne pût être condamné sans être ouï : ce qui prouve une pratique contraire dans quelque cas particulier, ou chez quelque peuple barbare. Ce fut Charondas qui introduisit les jugements contre les faux témoignages 4. Quand l’innocence des citoyens n’est pas assurée, la liberté ne l’est pas non plus.
Les connaissances que l’on a acquises dans quelques pays , et que l’on acquerra dans d’autres , sur les règles les plus sûres que l’on puisse tenir dans les jugements criminels, intéressent le genre humain plus qu’aucune chose qu’il y ait au monde.
Ce n’est que sur la pratique de ces connaissances que la liberté peut être fondée; et, dans un État qui aurait là-dessus les meilleures lois possibles , un homme à qui on ferait son procès, et qui devrait être pendu le lendemain , serait plus libre qu’un pacha ne l’est en Turquie.