‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 427 sur 1159 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des revenus de l’État-

Les revenus de l’État sont une portion que chaque citoyen donne de son bien pour avoir la sûreté de l’autre, ou pour en jouir agréablement.

Pour bien fixer ces revenus , il faut avoir égard et aux nécessités de l’État, et aux nécessités des citoyens. Il ne faut point prendre au peuple sur ses besoins réels, pour des besoins de l’État imaginaires.

Les besoins imaginaires sont ce que demandent

1 Comme aujourd’hui en Perse, au rapport de M. Chardin. Cet usage est bien ancien. « On mit Cavade , dit Procope , dans « le château de l’oubli. Il y a une loi qui défend de parier de « ceux qui y sont enfermés, et même de prononcer leur nom. »

2 La loi 5 , au cod. ad leg. jul. maj.

3 Au chapitre vm de ce livre.

4 Frédéric copia cette loi dans les constitutions de Naples , liv. I.

5 Dans les monarchies il y a ordinairement une loi qui défend à ceux qui ont des emplois publics de sortir du royaume sans la permission du prince. Cette loi doit être encore établie dans les républiques. Mais , dans celles qui ont des institutions singulières , la défense doit être générale , pour qu’on n’y rapporte pas les mœurs étrangères.

les passions et les faiblesses de ceux qui gouvernent, le charme d’un projet extraordinaire , l’envie malade d’une vaine gloire, et une certaine impuissance d’esprit contre les fantaisies. Souvent ceux qui , avec un esprit inquiet , étaient sous le prince à la tête des affaires, ont pensé que les besoins de l’État étaient les besoins de leurs petites âmes.

Il n’y a rien que la sagesse et la prudence doivent plus régler que cette portion qu’on ôte et cette portion qu’on laisse aux sujets.

Ce n’est point à ce que le peuple peut donner qu’il faut mesurer les revenus publics , mais à ce qu’il doit donner; et si on les mesure à ce qu’il peut donner, il faut que ce soit du moins à ce qu’il peut toujours donner.

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